15.12.2009
Qui es-tu Antigone ?
J’avais mis de côté un article paru dans le Nice-Matin du 06 novembre, et qui annonçait une reprise de la pièce de SOPHOCLE, Antigone. Cette annonce n’est donc plus d’actualité, mais je tenais à en dire quelques mots.
En effet, le titre indiquait : « Immortelle et moderne Antigone » complété par un sous-titre mentionnant « … dans une version qui ose la musicalité rock ». Ce genre d’accroche clinquante me semble néfaste à long terme. En effet, il n’est pas rare de rencontrer un metteur en scène ou bien un critique de théâtre indiquer que tel auteur ou telle pièce sont « modernes ». Je préfèrerais « universels ».
Car, en disant que SOPHOCLE a écrit une pièce moderne, j’ai le sentiment qu’on est hors sujet. SOPHOCLE n’a pas écrit une pièce moderne, il a — entre autre — décrit des comportements et des états d’esprits qui existaient à son époque et qui existent encore aujourd’hui : le despotisme, la rébellion, la peine… Et je suis un peu las de voir que chaque classique est estampillé « moderne » ou « d’actualité » et passe à la casserole de cette fausse bonne idée, de cette trouvaille usée jusqu’à la corde qui consiste à faire évoluer les comédiens dans un univers contemporain, voire post-apocalyptique juste pour dire au public : « Vous avez vu, hein ? MOLIERE, il était vachement en avance sur son temps ; et moi, je suis un metteur en scène drôlement gonflé d’oser mettre de la musique rock sur Antigone. »
Pourquoi pas, à la condition que l’univers suggéré aux spectateurs serve le propos de l’auteur, et non pas la modernité des propos de l’auteur.
Antigone n’est pas SEULEMENT contemporaine, elle est partout, elle est toujours, comme tous les grands personnages. Elle est immortelle, ça oui, car tant qu’un être humain sera capable de lire le texte de SOPHOCLE, tant qu’on tournera les pages pour dérouler l’histoire de cette jeune fille qui affronte plus fort qu’elle, elle sera vivante, longtemps après notre mort.
Attention, je ne dis pas que ce spectacle était mauvais, je n’ai même pas pu aller le voir ! Il semble qu’il s’agissait d’un travail très abouti fait par des professionnels aguerris. Et si un metteur en scène pense sincèrement qu’un décor antique n’est pas ce dont il a besoin pour servir son projet, qu’il enlève ce décor, les toges et les flambeaux. Que les comédiens aillent vêtus de jeans ou d’une redingote. Mais comme beaucoup ont déjà eu ce parti pris, et qu’ils nous ont expliqué que c’était pour montrer que le texte écrit autrefois était très moderne, je crains que l’on ne finisse par croire qu’un décor antique implique une pièce dépassée, ringarde ou sans invention.
Antigone, tu n’es pas moderne, tu es plus que cela : tu es un personnage dramatique.
22:55 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : antigone, sophocle
04.08.2009
Inutile ?
Ma compagne n’est pas tout à fait d’accord avec moi. En discutant de chose et d’autre, je lui ai déclaré que « Cyrano de Bergerac » était un chef-d’œuvre.
Elle m’a répliqué que pour prétendre être un chef-d’œuvre, une pièce devait AUSSI contenir un message, en tout cas être autre chose qu’un simple badinage sur l’amour, aussi beau, aussi parfait soit-il.
Je ne sais que répondre.
Cette pièce que j’adore au point de la connaître par cœur sans jamais l’avoir apprise serait-elle un simple exercice de style ? Un peu comme un tableau qui ne serait que décoratif ?
Faut-il réellement qu’une pièce tienne un propos universel ?
« Mais non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! » Répliquerait Cyrano… mais c’est peut-être là le message que voulait faire passer Edmond ROSTAND.
Edmond ROSTAND, dans sa tenue d'académicien
19:40 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cyrano, message, oeuvre
24.06.2009
Anecdote
Dans les dernières scènes de Marathon Man, le personnage incarné par Dustin HOFFMAN se confronte à Christian SZELL, ex-dignitaire Nazi, incarné lui par Laurence OLIVIER. Juste avant le tournage de la scène, sensé être à bout de souffle, Dustin HOFFMAN part faire un footing afin d’être plus crédible.
Légende où vérité : Une fois de retour, il se serait étonné que Laurence OLIVIER ne se livre à aucune préparation pour cette scène. Celui-ci aurait alors répondu : « Et si vous vous contentiez de jouer ? ».
Certains disent qu’en réalité, l’acteur shakespearien voulait signifier son agacement sur la vie dissolue d’HOFFMAN en lui envoyant cette pique ;
D’autres prétendent que Dustin HOFFMAN, en plein divorce, tentait d'oublier ses soucis en se consacrant au travail et que Laurence OLIVIER, qui connaissait ses problèmes, voulait lui faire comprendre qu'il savait et qu'il lui donnait son soutien.
Vrai ou faux, tout le monde s’en moque. En effet, cette célèbre anecdote a fait le tour des cours de théâtre du monde entier. Et, c’est le cas de le dire, en matière d’art dramatique il y a plusieurs écoles, fort différentes.
Deux grands courants se dégagent : l’un se réclame de l’enseignement de Stanislavski et se résume en un mot, « VÉRITÉ » (en fait, c’est plus compliqué que ça, mais je veux faire court) ; l’autre se réclame du théâtre élisabéthain ou même de la commedia dell’arte, royaume du symbole, de la représentation, du faux au service du vrai.
Dans cet exemple, on l’aura compris, Dustin HOFFMAN étant issu de l’Actor’s Studio représente le "camp" Stanislavski et Laurence OLIVIER le courant shakespearien.
J’avoue que depuis plusieurs années maintenant, je balance entre ces deux voies, sans jamais pouvoir trancher.
Faut-il grossir de vingt kilos pour pouvoir jouer le rôle de Jack la Motta dans Raging Bull ?
Faut-il au contraire jouer sur des tréteaux nus, avec un fond noir et une chaise comme seul accessoire ?
Faut-il pendant deux heures se concentrer sur ses malheurs pour arriver sur le plateau déjà plein de chagrin et les larmes prêtes à jaillir ou bien faut-il s’échauffer avec un training d’acteur pour s’assouplir les articulations ?
Et surtout, surtout, existe-t-il un cours d’art dramatique où l’on enseigne tout cela à la fois ? Un endroit où l’on formerait des comédiens capables de s’adapter à n’importe quel metteur en scène…
« Et si vous vous contentiez de jouer ? » Mais tous les comédiens jouent — ou rêvent de jouer.

Konstantin Stanislavski, de son vrai nom Konstantin Sergeyevich Alexeyev
22:45 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : stanislavski, shakespearien, dustin, hoffman, marathon man
10.06.2009
Lâcher prise
C’est un exercice que l’on rencontre souvent dans les cours de théâtre, même si la forme diffère parfois.
Il s’agit, comme le titre l’indique si bien, d’apprendre à ne pas tout maîtriser, à se laisser aller. Laisser travailler l’inconnu qui est en nous, accepter de révéler une part cachée de notre être. En parlant, en inventant, en allant jusqu’au bout d’une idée.
Prendre le risque d’être ridicule, mauvais. En échec.
En travaillant de cette façon, on arrive parfois à trouver des pistes intéressantes pour un spectacle.
On apprend également à faire confiance à ses partenaires et au metteur en scène.
On peut arriver à défaire certains blocages aussi. En effet, le comédien doit parfois faire certaines choses qui lui déplaisent souverainement, ou bien qui lui font peur. Des actes simples et faciles pour certains mais qui sont une montagne pour d’autres.
Par exemple, lorsqu’il avait fallu que j’embrasse un garçon dans « Goutte dans l’Océan », de FASSBINDER, cela ne m’avait posé aucun problème ; en revanche, lorsqu’il fut question de danser sur à peine trois mesures, j’en ai éprouvé du désagrément un mois à l’avance !
Ce genre d’exercice peut prendre l’apparence aussi bien d’un entraînement physique que d’un travail intellectuel. L’un d’entre eux, très connu, consiste à dire un mot à un partenaire, celui-ci devant répliquer immédiatement sans réfléchir, et ainsi de suite, en une série ininterrompue, le thème étant libre ou imposé.
Un autre exercice, qui n’a l’air de rien, est plus impressionnant : les yeux bandés, il faut courir à toute vitesse vers son professeur, qui doit vous stopper. Un dernier regard avant de poser le bandeau sur les yeux et hop ! on part à fond les gaz vers notre objectif… C’est du moins ce que l’on croit car la réalité est souvent plus drôle : certains bougent rapidement leurs jambes, mais pour faire des pas de 5 centimètres ; d’autres démarrent en trombe pour terminer deux mètres plus loin en faisant du sur-place, les bras tendus vers l’avant ; d’autres encore tournent en rond sans comprendre…
Dans un autre exercice, un des deux partenaires ferme les yeux et laisse bouger son corps en écoutant les sons que produit l’autre. Celui qui bouge doit sentir ce que veut lui transmettre l’autre, mais celui qui émet les sons doit également tenter de s’ajuster à ce que l’autre semble ressentir.
Tous ces petits exercices de quelques minutes, souvent amusants, toujours plaisants, ne sont là que pour habituer le comédien à lâcher prise. A se dire : « Ce soir, tant pis pour ce que l’on dira de moi, tant pis si je perds mon temps à suivre une fausse piste, je veux savoir jusqu’où je peux aller. »
C’est une aptitude qui manque à certains comédiens et ceux-ci invoquent toujours mille prétextes pour ne pas faire ce que leur demande le metteur en scène. Ils ont trouvé un créneau dans lequel ils savent qu’ils font bonne figure et ne veulent plus en sortir.
Et je dois reconnaître qu’il n’est pas aisé de renoncer à la promesse d’un succès facile en échange d’un labeur à l’issue incertaine. Mais je fais ce constat : si l’on veut devenir comédien, on doit veiller à rester souple, très souple. Vous rêviez de jouer Cyrano à l’Odéon mais on vous propose d’improviser dans les rues d’Aurillac. Allez-vous refuser ? Allez-vous accepter mais rendre la vie impossible avec vos objections et vos réticences ? Explorer une nouvelle voie est un privilège pour un comédien, il ne doit pas gâcher cette chance et faire confiance au metteur en scène qui le guide.
23:12 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : exercice, préparation, inconscient
09.04.2009
Je vous salue
Lorsque nous saluons le public, à la fin d’une représentation, est-ce pour le remercier de ses applaudissements ? Est-ce pour lui signifier que nous sommes sensibles à son effort d’être venu là ?
Pour ma part, il me semble que lorsque je m’incline respectueusement devant un groupe de spectateurs, c’est aussi pour saluer l’existence, éphémère mais pourtant bien réelle, d’une entité très particulière.
Une sorte de personnage, composé de l’ensemble des individus présents le temps de la représentation. Ce groupe que nous formons a une vie à part entière, et aussi une âme.
Mon professeur de théâtre avait pour habitude de nous raconter que les Grecs appelaient « barbares » les autres peuples qui ne connaissaient pas le théâtre.
Même si les cités grecques avaient en réalité d’autres raisons de traiter de barbares les populations extérieures, il reste vrai qu’elles étaient les seules à pratiquer cette cérémonie si particulière.
Cet échange collectif, limité dans l’espace et dans le temps, durant lequel des humains ont décidé de donner et de recevoir (oui, oui, ça marche même pour les bonnes grosses comédies…) de communiquer, d’échanger, selon des codes qui sont différents de ceux utilisés normalement dans la vie courante.
Ce même professeur s’enflammait parfois en nous expliquant que les personnages sont supérieurs aux humains car ils nous survivront, tant qu’il y aura un public capable de comprendre et d’appréhender le spectacle qui se déroule devant lui.
Peut-être. Mais le public et les artistes forment eux aussi une entité terriblement éphémère, mais d’une grandeur considérable.
Et aujourd’hui encore, à chaque fois je savoure le privilège de participer à ce mécanisme mis en place peu à peu dans différentes civilisations. Ce mécanisme étrange où les citoyens ont besoin de communiquer autrement.
C’est ainsi que chaque représentation étant unique, chaque groupe est lui aussi unique. Et c’est ainsi qu’en saluant, ou en applaudissant, nous confirmons l’existence de cet être si incroyable… et que nous lui disons adieu. Forcément
14:50 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : applaudissements, saluts, rideau, fin
02.02.2009
CENSURÉ
J’espère que cet article connaîtra une suite. En effet, le sujet annoncé par le titre me tient à cœur.
J’avais déjà évoqué cette question lors d’une note consacrée au Tartuffe de Molière (cliquez ICI pour le relire). J’y exposais que la version actuelle du Tartuffe, celle que l’on continue d’étudier en classe aujourd’hui, n’est pas la vraie version. Pas la vraie, dans le sens que Molière a été contraint de remanier profondément cette pièce pour pouvoir la faire jouer.
Bien sûr, il est facile d’épiloguer sur la censure de l’époque, celle d’un pouvoir royal qui appartient à l’histoire. Mais ce qui me choque bien davantage, c’est précisément que la version originale n’ai toujours pas été rétablie !
Dans les hautes sphères de l’Éducation Nationale, on n’a pas daigné rendre à Molière ce qui lui appartient. A-t-on craint que donner raison à cet homme de théâtre c’était désavouer l’ancien monarque et par là, contester le pouvoir d’une façon plus générale ? A-t-on été assez bête pour croire que réparer une erreur commise il y a trois siècles pouvait déstabiliser le pouvoir d’aujourd’hui ? Aurais-je un jour la réponse…
La censure. Cette pensée s’est mise à me trotter dans la tête. Et aujourd’hui ? Et ici ? Chez nous ?
J’ai posé la question à tous ceux que je connais et qui s’intéressent de près ou de loin au Spectacle Vivant. Ou plutôt, je suis en train de poser la question. C’est la raison pour laquelle je disais plus haut que j’espère une suite : j’espère que d’autre témoignages viendront s’ajouter à ceux exposés maintenant.
Je vais donc laisser la parole à ceux qui avaient quelque chose à dire sur le sujet et qui ont bien voulu me répondre.
Notamment Stéphane EICHENHOLC, comédien, metteur en scène et parfois écrivain, dont j’ai déjà parlé ici. Son site est toujours en lien dans la Colonne de Gauche (intitulé Cie A R K A D I A).
Voici ce qu’il nous dit :
« Je me suis toujours refusé à tous compromis en ce qui concerne le choix des spectacles que je présente dans la région.
La liberté artistique n'est-elle pas (en France) au dessus de toute formes de censure ? Et bien non !
En 2000 ou 2001, j'ai présenté : "Le dernier jour d'un condamné" de Victor HUGO (un plaidoyer contre la peine de mort) au théâtre du Lavoir à Menton. j'ai eu la désagréable surprise de voir que mon texte de présentation qui au demeurant n'avait pas éveillé la moindre remarque de la part du théâtre de la Semeuse de Nice, ni du théâtre Antibéa, avait été amputé sur ordre du maire de l'époque (c'est peut-être toujours le même...)
parce-qu'il le jugeait trop subjectif ? Toujours est-il que j'ai redoublé de ferveur en interprétant ce magnifique texte de Victor Hugo.
Qu'on le veuille ou non, le théâtre est politique. Sa liberté de ton et les questionnements qu'il suscite interroge la conscience de tout citoyen.
Je me suis interrogé lorsque j'ai créé le "Mistero Buffo" de Dario FO au théâtre de la Semeuse. Ce texte particulièrement polémique met à mal la religion chrétienne et La Semeuse est à l'origine une institution catholique. Je suis pour la liberté d'expression et non pour la provocation. Qui oserait aujourd'hui mettre en scène le "Mahomet" de Voltaire ?!
Je me souviens que la Cie Vis Fabula avait changé le titre d'une pièce de Dario FO : "Orgasme adulte échappé du zoo" en : "O... adulte échappé du zoo" pour pouvoir participer à la tournée Estivales du Conseil Général. La meilleure auto-censure restera toujours celle de l'argent ! (je ne jette pas la pierre, tant il est difficile de vivre de son métier, surtout quand on est artiste).
Toujours vers la même époque, la Cie Cafarnaüm (des anciens compagnons de route) ont joué à la Semeuse : "La femme comme champs de bataille" de Matéï VISNIEC (le titre original est : Le sexe de la femme comme champ de bataille). Déjà une première forme d'auto-censure ! Mais la polémique est venue de l'affiche : L'Origine du monde de Gustave Courbet qui représente le sexe d'une femme. Il faut noter que l'illustration de l'affiche avait été soigneusement retouchée sur photoshop et que la couleur de la chair était beaucoup moins réaliste. La direction de la Semeuse a fait recouvrir l'horrible pubis d'un joli rectangle blanc. (Eh oui, comme à la télé d'avant !) À la décharge de la Semeuse (évitons les animosités inutiles) la polémique était née dans le Doubs (régions d'attache de la Cie délictueuse) et avait fait la une de France 3 national. Bravo les journaliste ! (Ceci se passait bien sûr avant l'affaire Vittorio de Filippis).
Toujours dans le même registre, la Cie de Miran, lors de la présentation d'un spectacle de chansons paillardes, avait recouvert le nez phallique de ses affiches d'un rectangle avec l'inscription "censuré"
Un joli pied de nez aux Estivales du Conseil Général ! »
Un deuxième message de Stéphane a suivit le premier :
« Dans un article qui parle de la censure, je pense qu'il est très important de citer ses sources.
En ce qui me concerne, j'assume complètement mes propos et suis prêt à en débattre.
Pour étayer le sujet, s'il est une censure aujourd'hui insidieuse et bien réelle, c'est celle de l'économie.
Entre le théâtre très subventionné (80% de subventions et 20% de recettes propres) et le théâtre privé (20% de subventions et 80% de recettes propres) chacun voit midi à sa porte.
Les théâtre Nationaux ont une totale liberté artistique alors que les théâtres privés doivent composer avec les (mauvais) goûts du public. Qu'ils s'en défendent ou qu'ils le confessent (je ne donnerai aucun nom) les responsables des programmations tiennent aussi compte de la qualité d'un spectacle à son taux de fréquentation (un mauvais spectacle amateur qui amènera son public sera parfois préféré à un spectacle pro très intimiste). Avec la crise cela ne va pas aller en s'arrangeant. En quelques années, la ville de Nice a vue le nombre de ses petits théâtre presque doubler, il y en a une vingtaine aujourd'hui.
Si l'on peut se réjouir de cette étonnante vitalité, il faut savoir que le nombre de spectateurs n'a pas suivit la même courbe exponentielle. De même, il paraîtrait que la création locale soit anémique et qu'il devient difficile de dénicher de bon spectacles. Alors c'est aujourd'hui la politique du chacun pour soi, à qui aura la primeur d'une création locale en échange d'une programmation aux bonnes dates (Octobre ou Mars, les autres mois c'est tout pourrit), voire une certaine forme d'exclusivité (si, si , cela se pratique), etc ...
J'avoue que j'ai aujourd'hui certains scrupules à proposer un spectacle qui ne soit ni une "vraie" comédie (c'est à dire sans équivoque ni ambiguïté sur le TITRE), ni un classique (l'idéal étant évidement une oeuvre au programme du BAC) ni même un auteur contemporain "mort" : Ionesco, Beckett et autres absurdités...
Voilà, en espérant que ce petit texte sans importance ne souffre d'aucune CENxxxx ! »
Non Stéphane, aucune censure ici ; mais pas très loin de chez nous, dans le département du Var, la vie culturelle d’une commune souffre actuellement de l’interdiction absurde de l’équipe municipale. Il s’agit de la ville de CUERS.
J’en avais déjà fait l’écho il y a quelques mois (cliquez ICI et LA pour relire les articles) et malheureusement, cette vilaine histoire n’est pas terminée. La compagnie Orphéon (car c’était elle…) essais malgré tout de ne pas rester invisible et possède toujours un site : cliquez sur l’image pour y accéder.
Il semble qu’à CUERS, en 2009, on continue de dire Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Pour terminer ce premier article, je vous informe que Vincent JOURDAN, qui préside l’association REGARD-indépendant, anime également un blog intitulé INISFREE et qui est consacré à sa passion : le Cinéma (Eh oui, avec une majuscule…).
Il a accepter de réaliser lui aussi un article sur la censure. Cela vaut le coup d’y jeter un œil en cliquant ICI.
23:04 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : censure, eichenholc, jourdan, inisfree, tartuffe, cuers
07.01.2009
T’es vachement drôle toi ! T’as fait l’École du Rire !
Si en France cette expression annonce une ironie cassante, il n’en va pas de même au Canada, comme vous pourrez le lire en cliquant ICI. L'article de Macha SÉRY évoque ces institutions qui accueillent les apprentis comédiens, ainsi que les filières — encore rares — pour se perfectionner dans l’art difficile de faire rire.
Il y a deux passages que je souhaite reproduire ici, à cause des réponses qu’ils m’inspirent.
« On a réorienté de façon opportuniste la pédagogie vers les besoins de l'industrie, privilégiant les programmes courts et les séries de télévision », annonce Marie-Laurence BERTHON, directrice adjointe de la filiale française de Juste pour Rire (qui produit en France Laurent RUQUIER, Franck DUBOSC, Florence FORESTI…)
Les questions de fric font souvent polémique dans le petit monde de l’art, notamment le Spectacle Vivant. Malgré les protestations de certains et le silence des autres, l’art et l’argent ont partie liée, ne serait-ce que parce que les artistes doivent vivre et ont besoin d’un peu d’argent pour cela. Cependant, cela n’a jamais empêché la plupart de rester libres. (Et je m’aperçois, au moment où j’écris ces lignes, que dans « argent » il y a « art » et « gens » !)
Alors, pourquoi ce passage me dérange-t-il ? « opportuniste », « industrie », « filiale », trois mots qui me chagrinent. On savait que le cinéma est une industrie, et nous sommes vaguement convaincus qu’il ne pourrait en être autrement à cause des moyens qu’il nécessite. Mais le monde du spectacle, on le croyait à l’abri de la grande machine à produire, à cause des moyens qu’il ne nécessite pas, justement. Le Spectacle Vivant est affaire de petite structure — oui, même la Comédie Française est une petite structure, face aux géants du cinéma.
Comprenez moi bien : je ne crache pas sur la face industrielle du cinéma, au contraire, mais je m’inquiète de voir que les écoles d’art se plient à la demande du marché (comme le feront bientôt les facultés d’ailleurs). Avec de telles écoles, je crains tout simplement que les artistes de scène deviennent moins créatifs et ne nous montrent plus que des spectacles formatés ; qu’ils soient à la création ce que Mac Donald est à la cuisine. Affaire à suivre.
Le deuxième extrait évoque tout autre chose :
Jeudi 18 décembre, en préambule à son troisième cours au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique à Paris, Guy BEDOS prévient : « Je déteste le comique sec, l'enfilade de rires. Le dogme - un mot, un rire - me donne le vertige. On n'est pas asservi à l'obligation de rigolade. Dans ce métier, on peut être émouvant. »
Photo Gamma/Serge BENHAMOU
Cet artiste nous fait part d’une conception tout à fait honorable du métier d’amuseur. Je la trouve pourtant teintée de mépris vis-à-vis des "autres", ceux qui préfèrent l’enfilade de rires. Ils sont pourtant tout aussi honorables et dignes d'intérêt.
J’affiche l’ambition de pouvoir dire un jour : « je suis comédien ! ». Vaste programme. Car ma conception du métier de comédien dit qu’il faut, en autre, être capable de travailler dans des projets très différents, pour des metteurs en scène ou des réalisateurs qui sont parfois aux antipodes les uns des autres.
Entendez bien : je ne dis pas que l’acteur doit être un simple technicien qui se contente de se plier aux souhaits et aux caprices d’un Grand Créateur ; je dis simplement que, dans ce milieu, il existe des visions différentes de l’art dramatique. Parfois, ces visions s’opposent même. Chaque metteur en scène, lorsqu’il monte un projet, propose un cadre à ses partenaires. Ce cadre est parfois très strict, très étroit, mais il laisse toujours une part de création à l’artiste qui accepte d’y entrer.
Mon ambitieux objectif me demande donc beaucoup d’humilité. Il faut accepter l’idée qu’un comédien travaille, le plus souvent, pour un projet qui n’est pas le sien, et qu’il doit faire comme s’il y adhérait à 200 %.
Faire sien le désir de création d’un autre. On se doute qu’il faut beaucoup de souplesse. C’est parfois déstabilisant, souvent contraignant, mais toujours intéressant. J’ai toujours pensé que c’est sous la contrainte que l’on crée le mieux.
Bien sûr, on se retrouve souvent à faire le contraire de ce que l’on a appris, et même quelquefois le contraire de ce que l’on aime — on aime les auteurs contemporains et on joue Molière, on privilégie l’approche psychologique et le metteur en scène vous demande de travailler sur les mots, on voudrait pleurer, on vous demande de rire…
Qu’importe, une fois l’aventure terminée, on a la fierté, l’immense fierté, de pouvoir dire : « ça, j’ai osé le faire. ». Au cinéma comme à la scène, il y a des acteurs qui resteront à jamais sublime dans tel ou tel rôle, mais qui ne déborderons jamais de leur domaine ; la réussite, c’est si confortable.
En rentrant chez moi après une répétition où un spectacle, il m’arrive de faire un détour pour croiser d’anciens camarades de scène, où des élèves qui sortent d’un cour de théâtre. Malgré ma joie de les revoir, j’ai alors un petit pincement au cœur. Premièrement parce qu’ils continuent de s’éclater sur une scène où je ne suis plus, étant moi-même en train de m’éclater ailleurs. Mais aussi parce que certains ont l’air "prisonniers". Ils ne connaissent comme horizon artistique que celui de leur unique professeur ou unique metteur en scène. Leur façon de concevoir l’art dramatique est calqué sur leur "maître".
Lorsque je travaille avec l’un ou l’autre de ces metteurs en scène, j’écoute avec la plus grande attention leurs indications, je peux dire sans exagérer que je bois leurs paroles. Mais je garde toujours en tête que, même génialissimes, même avec des argument très convaincants, ces Artistes avec un grand A détiennent une vérité, une seule parmi la multitude d'autres vérités.
21:55 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : guy bedos, école, cinéma, industrie
19.10.2008
Être ou ne pas être
Il y a fort longtemps, c'est-à-dire à une époque où je n’étais pas encore tombé dans le Spectacle Vivant, j’avais lu une interview consacrée à Francis LALANNE. Ce chanteur à la chevelure aussi longue que ses bottes venait de s’improviser comédien, et devait assumer le rôle titre dans le « Dom Juan » de MOLIÈRE.
Parlant de la préparation de son travail, il résumait ainsi : « MOLIÈRE a écrit ce rôle pour moi ! » ; et d’expliquer qu’il ÉTAIT Dom Juan, que ce personnage avait exactement son profil.
J’ai repensé à tout cela lorsqu’on tenta de m’apprendre à travailler un rôle. Comme beaucoup, je suis désormais convaincu qu'aucun artiste ne peut prétendre correspondre exactement à un personnage du répertoire.
Cela pour deux raisons — « dont chaque est suffisante seule » pour parler comme Cyrano.
Tout d’abord, les auteurs dramatiques ont très tôt réfléchi sur la question des personnages. Et notamment sur les fameux « caractères ». (Notons au passage qu'en anglais, « personnage » se dit « character » et a la même racine grecque que « caractère » : « signe gravé avec un poinçon » puis « empreinte », « marque ». A l’inverse, en anglais, « character » signifie aussi bien « personnage » que « rôle » ou « acteur ».) En Angleterre, en France ou en Italie, dès le XVIème siècle, on construit peu à peu des archétypes, ressemblant chacun à tout le monde en général et à personne en particulier.
Car, si on se contenta au début de définir un personnage par son seul caractère dominant, on évolua rapidement vers des personnages pourvus de plusieurs facettes, définissant un catalogue d'êtres à la fois caricaturaux et complexes.
Ensuite, lorsque Francis LALANNE nous dit « Je suis le personnage », il tue par ces mots un des grands plaisir de l'artiste, celui de partir à la découverte. En matière d’art, il ne faut pas penser à son confort : « Ça par exemple, quelque heureuse coïncidence ! je suis fait exactement comme le Marius de PAGNOL ! J’ai sa démarche, ses gestes, sa logique et les mêmes goûts que lui. Mais alors, quelle coïncidence vraiment très heureuse : je ressemble également comme deux gouttes d’eau au Platonov de TCHÉKOV ! La même folie, le même vocabulaire, les mêmes habitudes. Je n’ai rien à faire, il me suffit d’être moi-même pour jouer l'un et l'autre. »
Souvent, les journalistes qui interrogent les acteurs leur demandent quels sont leurs points communs avec les personnages qu’ils interprètent. Cette question ne me plait pas. En effet, elle laisse supposer qu’un comédien doit forcément avoir des ressemblances avec le personnage pour qu’on lui confie le rôle.
Il est vrai qu’un metteur en scène va préférer demander à une femme d’incarner une femme, et à une personne âgée de jouer une personne âgée ; mais ce n’est pas une règle d’or : dans le théâtre grec antique comme dans l'Europe de la Renaissance, beaucoup de rôle féminins étaient joués par des hommes. De plus, confier un rôle à contre-emploi peut se révéler payant par le nombre de possibilités nouvelles qui s’ouvrent, par la multiplication des voies offertes à la création.
En tout cas, un bon professeur d'art dramatique doit s'efforcer de préparer ses élèves à assumer n'importe quel rôle et toutes les situations possibles.
Cette impression d'être soi-même l'exacte copie d'un personnage vient peut-être du fait que, comme le suggère Michel BOUQUET, chaque être humain porte en lui l'ensemble des caractères humains, mais n'en développe que quelques uns. Le travail de l'acteur étant alors d'aller puiser au fond de lui ce qui s'y trouve enfoui, caché, et qu'il ne soupçonnait pas.
[Pour ne pas faire trop de peine à ses fans, je précise que le chanteur argentino-libanais avait eu, grâce à ce rôle, un prix décerné par la ville de Marseille en 1988, ainsi que 2 nominations aux « Molières » de 1996 pour L’Affrontement (" Meilleur acteur " et " Révélation de l’année ").]
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Avant de terminer cette note, je souhaite rapporter ici deux annonces de spectacle :
Le théâtre de la Semeuse présente
Le Renégat - ALBERT CAMUS
Une adaptation scénique de la nouvelle Le Renégat ou un esprit confus, extrait du recueil L’exil et le royaume (éditions Gallimard).
Mise en scène : Marie-Jeanne LAURENT
Avec : Paul LAURENT
1957, la guerre d’Algérie fait rage. Les exactions ensanglantent les deux camps ; en une sorte d’écho troublant, Camus nous propose une étrange fable sur le fanatisme religieux.
« Aller sur la mer de cailloux bruns, interminable, hurlante de chaleur, brûlante de mille miroirs hérissés de feux, jusqu’à cet endroit, à la frontière de la terre des noirs et du pays blanc, où s’élève la ville de sel… »
vendredi 24 & samedi 25 octobre à 20h30
Tarif : 6, 10 & 15 €uros
Renseignements & réservations 04 93 92 85 08
Théâtre de la Semeuse
2, montée Auguste Kerl
(Prolongement de la rue du château) 06300 NICE
Enfin, le tout nouveau Théâtre du Port fait encore appel à Stéphane EICHENHOLC, qui signe la mise en scène de
Ay Carmela !
Une pièce de José Sanchis de SINISTERRA
Paulino et Carmela, artistes de variété en tous genres parcourent la campagne pendant la guerre d'Espagne. Réquisitionnés par les Franquistes, les voilà obligés de jouer leur spectacle devant un parterre de généraux victorieux les obligeant aussi à humilier les vaincus, de jeunes républicains condamnés à mort. Pour sauver sa vie et celle de Carmela, Paulino se soumet aux ordres...
Le titre emprunte celui de la célèbre chanson des républicains espagnols et des brigades internationales, AY CARMELA ! connue aussi sous le nom EL PASO DEL EBRO.
La pièce à sa création a été joué pendant plus de deux ans, avant de tourner dans toute l'Espagne. Traduite dans plusieurs langues, elle a été représenté dans une quinzaine de pays.
AY CARMELA ! est un grand succès du théâtre espagnol de l'après franquisme. Elle a été portée à l'écran par Carlos SAURA avec Carmen MAURA dans le rôle titre .
Les 24, 25, 26 et 31 octobre et les 1er, 2, 7, 8 et 9 novembre.
Les vendredi et samedi à 20h30 et les dimanche à 16h00.
Théâtre du Port
5, place Île de Beauté (sous les arcades, à droite de l'église)
06300 NICE
Réservations & renseignements au 06 62 58 55 05 – 04 93 56 47 62
Tarif 15 €uros – Réduit 10 €uros
22:44 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : personnage, rôle, caractères, lalanne
26.09.2008
La vérité est en marche...
En avril de cette année, j’avais relayé sur ce blog l’information concernant le différent qui oppose toujours la nouvelle équipe municipale de CUERS à une association culturelle qui produit des spectacles, notamment du théâtre de rue (cliquez ICI, puis LÀ, pour relire les articles).
Manifestement, cette histoire n’est pas enterrée. Voici un communiqué établi par « l'Observatoire de la Liberté de Création » et par la section de Toulon de la « Ligue des Droits de l'Homme » :
Gilbert PERUGINI, nouveau maire de CUERS, s’est signalé au printemps dernier. Il a interdit dans sa ville un spectacle de rue, puis attaqué une compagnie invitée pour « dégradation de la voie publique, incitation à la désobéissance et atteinte à la République (outrage à drapeau) », puis tenté de poser des scellés sur la bibliothèque de théâtre Armand-Gatti qui abrite les locaux de la compagnie Orphéon.
Il vient de s’illustrer par un nouvel exploit. Le maire ose écrire : « Etant donné l’absence de réponse de Monsieur le Procureur de la République suite à la plainte déposée par nos soins, nous vous confirmons notre décision de suspendre jusqu’à nouvel ordre toutes les activités de votre association. » Le courrier a été remis par des policiers municipaux à la présidente de l’association Orphéon le 4 septembre.
Le travail théâtral est réputé dans toute la région PACA, mais aussi par ses pairs (elle a reçu au printemps un Prix des Écrivains associés du théâtre). La décision du maire l’informant d’avoir à cesser toute activité aurait notamment pour conséquence la fermeture d’une bibliothèque théâtrale unique, contenant plus de 9 000 volumes.
La section de Toulon de la Ligue des Droits de l’Homme et l’Observatoire de la Liberté de Création demandent solennellement à Madame le ministre de la Culture, et au préfet du Var, d’intervenir auprès de cet élu pour mettre un terme à ces voies de faits, et aux menaces, intolérables dans une démocratie, qu’il fait peser sur cette association.
Paris, le 10 septembre 2008

Ensuite, je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici un texte signé Jacques LAURESTURE, pseudonyme protégeant un responsable culturel soumis à un certain devoir de réserve :
Monsieur le Maire, nous tenions à vous féliciter de votre courage pour avoir osé braver l’irruption artistique qui risquait d’endommager cruellement la ville de Cuers.
En effet, une artiste, Kristin, 52 ans, prétendait écrire sur les murs ou sur l’asphalte des textes dangereux, pire, poétiques. Évidemment, ils ne seraient pas restés très longtemps, la peinture disparaissant assez vite. Mais imaginez la situation sans votre valeureuse intervention : les citoyens, intrigués par des phrases incongrues, auraient fait appel à leur intelligence, à leur curiosité, à leur sensibilité. Plus grave, l’automobile, reine absolue de l’espace public, aurait perdu une part de sa suprématie. Et enfin, la publicité, qui orne si avantageusement tous les recoins de notre paysage visuel, aurait subi la concurrence d’un acte gratuit, sans but commercial, un pur objet de plaisir et d’intelligence.
On touchait là à l’essence même de notre civilisation, et votre détermination a permis d’éviter une catastrophe à côté de laquelle le 11 septembre apparaîtrait comme un fait-divers.
Avec courage, vous avez défendu le drapeau français qui risquait d’être souillé à jamais. Passons sur l’origine douteuse de ce symbole créé par des insurgés ne respectant pas la légalité de l’époque, mais comment en effet oser moquer l’oriflamme qui a si bien civilisé les Africains ou rempli les tranchés de Verdun ? Votre décision de remettre toute affaire cessante une fleur de lys dans le blason de votre ville nous remplit d’espoir.
Votre plainte devant les tribunaux est également promise à un bel avenir. Nul ne doute que les juges, n’ayant que cela à faire, vont convoquer la contrevenante en urgence. Peut-être faudrait-il exiger que cette affaire soit traitée par une juridiction anti-terroriste car, à part Al Quaïda, qui aurait planifié une attaque aussi basse de votre cité ?
Nous avons été un peu déçus par votre recul quelques jours plus tard. En effet, poursuivant votre valeureuse croisade, vous avez tenté de retirer la garde de la bibliothèque Armand Gatti (un anarchiste, soi-disant résistant et déporté) à ceux qui l’ont créé, Orphéon Théâtre Intérieur.
Vous aviez raison, les livres sont dangereux, et demandent à être mis sous bonne garde. D’autant que ces livres ne servent pas seulement à caler la commode, ou à décorer le salon, mais qu’ils sont lus, souvent par des enfants, et qu’ils parlent de théâtre, activité qui détourne des deux piliers de notre société : l’écran plasma et le caddie à remplir.
Mais nous sommes inquiets et nous craignons bien que, malgré vous, vous n’ayez apporté finalement bien de l’eau au moulin de ces irresponsables. Vos adversaires vous attaquent, soit. Mais les journaux se moquent de votre action intrépide, vos alliés politiques se taisent en public et vous maudissent en privé de se retrouver associé aux mêmes agissements qui avaient fait la gloire du Front National à Châteauvallon ou à Vitrolles.
Ces maudits Orphéon reçoivent tous les jours de nouveaux soutiens, de nombreuses villes veulent inviter la compagnie que vous avez voulu bâillonner, de plus en plus de citoyens veulent que l’art ait une place dans nos villes, et votre acte passe avant tout comme ridicule.
Confiance, la postérité sera pour vous. À l’heure où vient de s’éteindre le maire-poète Aimé Césaire (à ne pas confondre avec la sympathique Aimée Geyser, lauréate du Grand Prix de l’Eurovision 1967), vous le dépassez déjà par votre prouesse : il a passé sottement sa vie à faire parler les mots, vous avez réussi à les goudronner.
Pour l’instant, il y a beaucoup de voix qui s’élèvent pour s’indigner ; des voix, des mots, comme ceux que j’inscris ici, seulement des mots. J’attends avec impatience que tous ces discours débouchent enfin sur une solution concrète. Espérons.
« La vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera. » (il y a des fois où l’injustice est si flagrante, tellement révoltante, que l’on en vient à se prendre pour ZOLA)
15:35 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cuers, orpheon, censure, zola
10.08.2008
Patrimoine
Presque huit années séparent Shakespeare in Love — réalisé par John MADDEN et sorti en France en mars 1999, de Molière — comédie de Laurent TIRARD sortie en janvier 2007.
Mais il n’y a pas que le temps qui sépare ces deux œuvres, il y a surtout le choix de “ l‘angle d‘attaque ”. En effet, bien que ces films soient tous deux une fiction sur la vie d’un grand dramaturge, le résultat est fort différent, contrairement aux apparences.


Le réalisateur français a pris le parti de traiter la question des personnages. Romain DURIS incarne Molière qui se fait passer pour un certain monsieur Tartuffe, Fabrice LUCHINI joue monsieur Jourdain et Ludivine SAGNIER compose une Célimène assez peste. Aucune pièce en particulier n’est ici mise en avant, mais au contraire un florilège de scènes ou même de répliques toutes connues du grand public. En imaginant que Jean-Baptiste POQUELIN a pu s’inspirer de toutes les situations qu’il a vécues, on s’attache à l’ensemble de son œuvre.
John MADDEN, en revanche, a imaginé que c’est une relation amoureuse qui a inspiré Roméo et Juliette à son auteur. Film centré donc sur la genèse d’une seule pièce et ne comportant pas de personnages du répertoire. Jusque là, il n’y a pas de reproche à formuler, seulement des différences à pointer.
Malheureusement, malgré les louanges qui ont accompagné la sortie de Shakespeare in Love, ce film n’est qu’une comédie sympathique, sans panache et sans génie. Quel dommage : l’idée de faire parler SHAKESPEARE himself avec les répliques de sa future pièce ouvrait des pistes très intéressantes tant pour le scénario que pour le jeu des comédiens ; idem pour la fameuse « mise en abîme » : le spectateur du film voit des comédiens qui jouent le rôle de comédiens en train de répéter un spectacle.
Las, les émotions jouées par les acteurs lorsqu’ils sont sur scène sont les mêmes que lorsqu’ils jouent la “ vraie vie” ; et la panoplie d’humour, de rebondissements et de trouvailles déployés dans cette histoire sont marqués de l’empreinte d’Hollywood : des choses bien ficelées, de bonne facture, mais très formatées pour le grand public. Il n’y a pas de prise de risque et pas de signature particulière.

Le Molière de Laurent TIRARD, lui, donne vraiment l’envie de pénétrer l’âme de l’artiste, de vivre sa vie, de devenir saltimbanque à son tour. La scène où Romain DURIS/Molière imite différentes sortes de chevaux est un pur moment d’anthologie. Les sentiments exprimés par les personnages, sans édulcorant, émeuvent davantage par leur force.
Les passages amusants sont plus subtils ; un exemple : la fameuse scène de la “ Galère ” extraite des Fourberies de Scapin est ici reproduite presque intégralement ; comme dans la pièce, le vieux bourgeois se laisse extorquer 500 écus pour récupérer sa fille, qu’on lui fait croire prisonnière, otage des Turcs. Au fil des répliques, le spectateur sourit parce qu’il croit reconnaître les Fourberies de Scapin. Il pense que, comme dans la comédie de MOLIÈRE, l’argent extorqué servira les plans du héros. Mais soudain, patatras ! A peine la bourse vient-elle de se délier que la fille, censée être à bord d’une galère, apparaît avec fracas dans la maison. Le plan tombe à l’eau… et le spectateur est piégé lui aussi !
Il en est ainsi de tous les emprunts fait au texte : il sont toujours déformés, détournés, retravaillés, dédoublant ainsi le plaisir du spectateur qui s’amuse à identifier les passages qu’il a étudié au collège mais qui s’étonne également du nouvel emploi qui en est fait.

J’espère que l’on ne me taxera pas d’anti-américanisme ou bien de chauvinisme, mais examinons seulement les titres : le film français est désigné — tout comme son prédécesseur de 1978, le film d’Ariane MNOUCHKINE — par le nom seul de MOLIÈRE, alors que le film anglo-américain est affublé des mots « In Love » après le nom de SHAKESPEARE.
Les producteurs ont-ils craint que les spectateurs bouderaient un film qui raconte la vie d’un auteur de théâtre ? Fallait-il à tout prix dire que l’amour passerait par là pour attirer du monde dans les salles obscures ? Ce « In Love » est de trop, il est révélateur d’un manque confiance dans le public.
A la décharge des anglo-américains, le public français connaît peu le patrimoine classique anglais et bien mieux le patrimoine français. (Et vice-versa !) Nul doute que beaucoup de fines allusions utilisées dans Shakespeare in Love m’ont échappé. Je ne veux pas dire ici que le travail de John MADDEN est nul. Je suis simplement navré de constater qu’on identifie les deux films comme jumeaux. Non, Molière ne ressemble pas à Shakespeare in Love.
Je terminerai avec une opinion très personnelle :
l’acteur Romain DURIS me fait penser, par son talent couplé à une grande maîtrise technique, par l‘étendue de son registre, à Philippe CAUBÈRE.
Est-ce une coïncidence ? Philippe CAUBÈRE a joué le rôle titre dans le Molière d’Ariane MNOUCHKINE en 1978…
18:48 Publié dans Point de vue | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : molière, shakespeare, laurent tirard, john madden, cinema



