23.06.2008

Quelques nuits plus tard...

22 jours sans le moindre article, plus de trois semaines d’interruption : je suis tout simplement en train de jouer dans une comédie, « le Coursier », au Théâtre du Cours à Nice.
Dans les jours qui précèdent la première, on enchaîne généralement les dernières répétitions avec les premières représentations, ce qui a accaparé beaucoup de mes soirées (j’ai un job qui m’occupe la journée).
Mais si je joue encore les jeudi 26, vendredi 27 et samedi 28 juin (à 21h00), me voilà de nouveau plus disponible pour ce blog qui a déjà passé plus de deux ans d’existence.
Je n’ai même pas fêté cela, pas plus que la première année d’existence d’ailleurs, mais je vous promets une petite rétrospective nostalgique, comme tout le monde, avec statistique et tout et tout…

Je vous l’avais annoncé lors de l’article précédent, je suis allé à Carros voir « l’Affaire est dans le sac », interprétée par la Comédie des Baous.

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C’est une comédie dite de boulevard, c'est-à-dire « qui n’a pas d’autre prétention que celle de nous faire rire », pour citer ce journaliste anonyme fustigé par un Pierre DESPROGE fort justement indigné. Car c’est déjà une sacrée prétention ! Dur métier que de faire rire un public. La comédie de boulevard utilise pour cela des procédés déjà éprouvés : quiproquo (très nombreux dans cette pièce) ; situations ; jeux de mots ; répliques assassines — on « dénonce » qui une personnalité politique, qui un système, ou un événement (dans notre cas, le jeu électoral) ; et parfois même apartés avec le public. Ce dernier moyen, qui n’est pas employé dans cette pièce, est fort controversé dans le milieu du théâtre. D’un côté, nous avons ceux qui affirment que le théâtre est une chose magique, où les spectateurs ne peuvent en aucun cas entrer en contact avec les artistes qui évoluent sur la scène, sous peine de faire imploser les personnages, protagonistes imaginaires qui ne peuvent donc pas nous croiser et nous connaître ; de l’autre côté, nous trouvons ceux qui pensent que le fameux quatrième mur peut être franchi lors de moments opportuns, afin que public ait un instant l’impression d’être du même côté de la scène et rêver ainsi davantage. (Même lorsqu’il n’y a pas de décor du tout, on parle de « quatrième mur ». C’est comme s’il y avait un mur au fond, deux murs sur les côtés et, donc, un quatrième mur dressé entre la scène et les gradins, barrière invisible mais pourtant véritable.)

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« L’Affaire est dans le sac » est donc un spectacle assez classique, qui rempli parfaitement son rôle difficile d’amuseur tout public.
Cette pièce présente sept personnages. C’est un détail qui a son importance car cela signifie qu’elle n’est pas à la portée de toutes les compagnies. En effet, pour le metteur en scène, la difficulté croît de façon exponentielle selon le nombre de comédiens. Disons que jusqu’à quatre, cela reste gérable. Au-delà, il lui faudra une grande habitude et des talents d’organisateur.
Lorsqu’il s’agit de compagnies professionnelles, c'est-à-dire uniquement composées d’Intermittents du Spectacle, ce n’est pas une difficulté : on répète pendant la journée, les comédiens n’ayant "que ça" à faire, chacun doit se débrouiller pour être présent à chaque séance de travail.
Mais lorsqu’il s’agit de troupes amateurs — comprenez "composées d’artistes qui ont chacun leur vie professionnelle et qui ne peuvent répéter que lorsqu’ils ont une soirée libre" — c’est une autre paire de manches.

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La Comédie des Baous appartient à cette dernière catégorie. Les sept comédiens qui la composent ne peuvent répéter que le mardi. Ce rythme assez lent ne leur permet que de produire une pièce chaque année.
Car l’un d’entre eux m’a confié qu’ils s'agissait de leur dixième production — toutes des comédies. Tous les sept sont d’anciens parents d’élèves qui se sont rencontrés lors d’un spectacle de fin d’année : plutôt que ce soit les élèves seuls qui produisent quelque chose, ils avaient alors décidé qu’eux aussi pouvaient monter un spectacle ; ils y ont pris goût et ils continuent encore aujourd’hui.
La compagnie a également la grande particularité de toujours reverser les recettes à un organisme caritatif. Toujours associé à une cause humanitaire, leur travail est par conséquent toujours diffusé devant plusieurs centaines de spectateurs, recrutés là par un réseau différent des circuits traditionnels (magasine spécialisé dans les spectacles comme JV ou l’Officiel des Loisirs…, publicité et affiches, bouche-à-oreille, abonnement, festival etc.) ils ont ainsi l’assurance que leur effort continu tout au long de l’année ne sera jamais vain et que l’association avec laquelle ils collaborent drainera un public toujours nombreux.

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Leur structure associative est très peu subventionnée : seule la mairie de Saint-Jeannet leur octroie chaque année la somme de 300 €uros. De plus, ils ne disposent pas vraiment de local dédié au travail de scène, ni pour stocker les costumes et accessoires, ni pour répéter ! Le plus étonnant étant qu’aucun d’entre eux n’a jamais suivi de cours d’art dramatique. Car malgré cette faiblesse de moyens, la Comédie des Baous s’en sort plutôt bien.
Alors : c’est vrai que, plus d’une fois pendant le spectacle, on se dit que les comédiens sont de qualité inégale, que certaines scènes mériteraient d’être retravaillées, et qu’après tout le spectateur n’a pas à se préoccuper de savoir si cette compagnie dispose de ressources réduites. Il est venu là pour rire ou pour pleurer, se divertir, réfléchir ou encore se cultiver. Donc, le spectacle présenté au public ce soir-là mériterait quelques retouches. Et pourtant…
On a ri. Tous. Environ 250 personnes. Pas facile. Essayez, pour voir…
De plus, la mise en scène, certes classique, est précise, sans aucune erreur visible. Tout fonctionne bien : les entrées et les sorties, les déplacements, l’occupation de l’espace. L’éclairage est un peu quelconque, sous-employé, et une direction d’acteur aurait parfois été nécessaire mais cela ne gène pas vraiment la dynamique de la pièce. J’ai été stupéfait d’entendre que c’est quasiment seuls qu’ils sont parvenus à ce résultat, engrangeant de l’expérience année après année. Seuls quelques conseils, prodigués de-ci de-là par des professionnels arrivés là par hasard, ont complété leur science toute neuve.

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Au delà de la représentation elle-même, je constate que, partant de rien, sans aucun savoir de la chose théâtrale, certains sont capables de retrouver quelques-uns des codes qui nous servent à communiquer sur une scène. Des choses aussi simples que de parler pour la personne la plus éloignée dans l’espace ou de rester toujours visible du public ne sont pas évidentes une fois sur la scène. L’emploi des accessoires, les variations de rythme, ralentir son débit de parole pour pouvoir être bien compris, enchaîner en cas d’incident… Tout cela n’est pas acquis naturellement. Et pourtant, ils y sont parvenus, tout seul.
La création s'appuit-elle sur une série de réflex, communs à tous les hommes? L’homme porte-t-il en lui cette faculté de s’exprimer en groupe, tous de la même façon ? Créer, grâce aux expériences acquises, en regardant le travail des autres ; reprendre à son compte puis faire de nouvelles associations...

01.05.2008

L’Amoureuse

C’est le titre d’un spectacle écrit et mis en scène par Luce COLMANT et interprété par Marie TEISSIER. Avant, je citais volontiers Dario FO, disant qu’une pièce de théâtre géniale lors de la lecture n’est jamais extraordinaire une fois montée sur scène. Mais, ce vendredi soir à la Semeuse (dans le Vieux-Nice), en assistant à la première de cette « Amoureuse », j’ai dû reconnaître que le texte était aussi beau à la lecture que mis en scène.
Je ne savais pas que Luce COLMANT écrivait. À la fin de la représentation, elle m’a confié que c’était la troisième fois qu’elle s’essayait à ce genre d’exercice et que son premier texte était un spectacle pour enfant.

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Un jour, en discutant avec Frédéric REY, responsable du théâtre de la Semeuse (ainsi que du Centre Culturel la Providence), Luce évoquait le désir d’y monter un spectacle. Il lui répondit qu’il restait quelques dates encore disponibles. Elle accepta aussitôt et travailla pour achever son texte avant la date butoir. Puis des répétitions, du travail, des doutes et des joies. Un dernier filage (on joue la pièce sans interruption) et voilà la compagnie ’TAIM qui débarque à Nice pour la première de leur spectacle.
C’est une première très solide, et même si Luce COLMANT pense que la pièce va encore mûrir, on voit bien qu’il y a déjà un travail de pro (dans le bon sens du terme : il n’y a pas de vieille recette, rien de téléphoné qui puisse ronronner, mais rien non plus qui soit laissé au hasard).

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Luce connaissait Marie TEISSIER depuis longtemps lorsque celle-ci a rejoint la capitale un peu avant elle. Pour ce projet, elles ont travaillé quinze jours non-stop, huit heures par jours, plus quelques journées par-ci par-là, ce qui n’est pas si énorme pour une compagnie professionnelle. Ainsi, cette impression de spectacle abouti est également due à leurs expériences passées, à leur "épaisseur", bagage qui représente lui aussi beaucoup de travail.
La metteur en scène étant aussi l’écrivain, elle m’a confié que ce n’est qu’au moment de porter à la scène son texte, en le triturant, qu’elle a pleinement réalisé certaines choses qu’elle avait dites inconsciemment. «C’est carrément schizophrénique» a-t-elle conclu en souriant.

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Le résultat de cette aventure, c’est un spectacle qui parle de l’amour, du désir, de la passion qu’une femme a éprouvée, et qu’elle aurait «tué» (mais y a-t-elle réussi vraiment ?) Cela prend la forme d’un monologue, véritable logorrhée servie par Marie TEISSIER qui, malgré cela, ne lasse pas une seconde. Ce torrent de parole qu’elle déverse sur son lit (unique élément du décor qui sert aussi d’accessoire, efficace !) on ne veut pas en perdre une goutte. Alternant discours narratif avec quelques paroles chantées, adoptant une gestuelle tantôt classique tantôt proche de l’expression corporelle, le personnage passe par des états de franche gaîté, de doute ou de rage, et tout simplement revit sa passion amoureuse.

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Ce texte ne s’adresse pourtant pas qu’aux femmes. J’ai assisté à ce spectacle avec mon amie : nous étions blottis l’un contre l’autre et à chaque phrase qui faisait mouche, nous avions le sentiment que c’était nous qui nous parlions. Qu’il se disait des choses que l’on se contentait de sentir. Que notre histoire était étalée là, sur ces draps, sous cette lumière, par cette « Amoureuse ».
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Espérons que cette pièce crée à Nice fasse un retour triomphal sur Paris.
Espérons que la Cie ‘TAIM revienne bientôt dans les Alpes-Maritimes nous offrir d’autres créations.

05.04.2008

Collectif

C’est à mes yeux une chose importante que tous les artistes puissent agir collectivement. Cette évidence malheureusement ne saute pas aux yeux de beaucoup. Il est pourtant vital de comprendre que le plus doué d’entre nous ne peut RIEN sans les autres. Consolons-nous, il existe dans les Alpes-Maritimes une réplique de la Réplique.
Résumons : à Marseille, il y a 25 ans, s’est crée un collectif de comédiens et de professionnels du cinéma et du spectacle, qui s’est baptisé « la Réplique » (sans doute par allusion aux textes composés de répliques, mais peut-être aussi parce qu’il fallait apporter une réplique aux problèmes que connaissent les gens du spectacle et du cinéma). Ils ont pour objectif de ne pas attendre qu’on vienne les solliciter pour un rôle, mais au contraire de prendre les devants et de réunir les compétences pour créer, pour faire, pour transmettre. Vous en saurez d’avantage en vous rendant sur le site de ce collectif en cliquant ICI.
Depuis un an maintenant, cette structure participe à la mise en place à Toulon et à Nice d’un dispositif équivalent. Premiers résultats concrets : trois courts métrages de très bonne qualité projetés hier soir au cinéma Ryalto, dans le cadre du 8è festival du court métrage à Nice, « Un Festival c’est trop Court ».

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Trois premières productions d’un nouveau collectif de comédiens, baptisé aussi « la Réplique » et basé cette fois à Nice. Espérons, c’est l’ambition de tous ceux qui ont participé au projet, que cette expérience pourra durer et s’épanouir. Ça marche à Marseille, leur travail commence vraiment à porter ses fruits. Les productions savent qu’ils peuvent compter sur un "vivier" de 300 comédiens ! Cela pourrait marcher à Nice et à Toulon.
Pour ces trois premiers courts métrages, les associations Héliotrope et Regard-Indépendant se sont joint à la Réplique de Marseille pour former le cadre des « Ateliers Courts ». Un appel à projet a été lancé, puis trois dossiers retenus. Les lauréats avaient à leur disposition comédiens, maquilleuse, techniciens du son et de l’image, locaux et caméras... Mais ces trois réalisateurs avaient plusieurs contraintes : ne pas faire un film de plus de 10 minutes ; travailler sur 2 lieux de tournages, pendant 2 jours seulement et avoir 3 comédiens principaux (la contrainte est souvent créatrice !) En revanche, ni dialogues ni même scénario n’étaient encore définitivement fixés. C’est un travail collectif qui a permis de finaliser cela. Soit par une série d’improvisations, soit par une réflexion autour d’une table ou bien par une séance de visionnage voire même un atelier d’écriture (dans ce dernier cas, ce fut très fertile mais aucun écrit n’a finalement été utilisé dans le film...). La méthode de travail variait selon les réalisateurs, certains étant débutant et d’autre chevronné.
J’ai entendu dire que ce projet d’un collectif était une des choses les plus intéressantes qui soit arrivée sur la région ces dernières années en matière de Culture. Il est vrai que j’ai souvent constaté le caractère égoïste et individualiste d’artistes à l’ego surdimensionné. Nous avons raison de nous plaindre du peu d’intérêt que les politiques portent aux professionnels du spectacle. Toutefois, j’ai souvent envie de crier : « torts partagés ! ». Dans le petit monde de la musique, de la danse, du théâtre, il existe encore des artistes — ou qui se prétendent tels — qui prônent haut et fort un monde d’entraide, de respect et d’ouverture, alors même qu’ils jalousent férocement la plus petite réussite d’un confrère. Seules leurs créations sont vraiment nécessaires, les autres n’étant là que pour égarer le public. Je veux croire qu’avec cette "Réplique", une telle page est définitivement tournée. Je suis persuadé que de plus en plus d’artistes vont se structurer de cette façon ou d’une autre. Une projection comme celle d’hier soir m’a rendu optimiste. Enfin du concret !

27.03.2008

Paradoxe

Non, il ne s’agit pas ici de parler du fameux « paradoxe du comédien ». Comme je vous l’avais annoncé avant-hier, je me suis rendu lundi à Acropolis pour profiter du festival « 06 en scène ».
Cet événement, organisé par le Conseil Général des Alpes-Maritimes, est une sorte de festival du spectacle, mais entièrement "indoor" comme on dit aujourd’hui. Et là, malheureusement, les locaux d’Acropolis son trop impersonnels, trop mornes même, pour arriver à créer une véritable atmosphère de fête.

Le contenu, cependant, était de meilleure qualité que lors des deux éditions précédentes. En effet, le public n’est pas vraiment informé du fait que les 100 spectacles annoncés durant ces trois jours représentent des productions professionnelles d’une part mais aussi des productions d’amateurs d’autre part. Attention, cela ne veux pas dire que les œuvres issues de structures non professionnelles soient mauvaises, surtout pas ! Tout simplement, la sélection a été plus rigoureuse cette année, voilà tout.
Venu seulement le lundi, dernier jour, j’ai surtout assisté à des projections de films d’animations (pour petits et grands enfants) proposés par l’association Héliotrope, et à des démonstrations de danse hip-hop. J’ai par contre eu la chance d’assister à la dernière partie de « Ad Libitum ». C’est un spectacle de danse contemporaine à l’esthétique déjà plus que parfaite, alors même que la Cie Antipodes, créatrice de cette performance, nous annonce qu’il ne s’agit que d’un spectacle en gestation ! Une salle trop petite les a contraints à devoir refuser du monde, quel dommage.

Et mon paradoxe alors ? Eh bien, il se résume à cette photo prise dans le hall du 1er étage. Nous y voyons une scène toute simple en apparence : M. Michel FRANCESCONI est assis à une table, avec devant lui un interminable rouleau de papier kraft ; à la main, un stylo-plume. C’est tout. Il a pris le parti d’écrire là, dans cet endroit improbable, en improvisant. Pour mieux expliquer son initiative, il m’a laissé reproduire ici son texte de présentation :

« VIDER UNE CARTOUCHE
La règle du geste est simple : il s’agit de vider un stylo-plume jetable en écrivant sur un rouleau de papier kraft ; écrire jusqu’à épuisement de l’encre, avec comme contrainte particulière de ne pas raturer. Ce déroulé calligraphique ne connaît pas le
pentimento.
En cela, ce geste d’écrire en public entretient peut-être moins de liens avec la littérature qu’avec les arts visuels. Cette entreprise est par-dessus tout affaire de traces laissées qui plus est par un objet dont la
qualité première, celle qui le distingue et l’identifie, est d’être jetable. J’aime à le prendre à contre-emploi, ce stylo-plume d’une seule cartouche, en faire l’instrument d’une œuvre potentiellement durable, fixée qu’elle est, promise au vieillissement du papier, au lent effacement de l’encre, à tous les aléas patrimoniaux, à la conservation curieuse, roulée dans un tube, comme le furent les plus anciens textes.
"Mais qu’est-ce que tu écris ? Mais t’écris quoi ?" A-t-on jamais demandé à un musicien ce qu’il allait jouer quand il saisit son instrument et improvise ? C’est bien ainsi que je pars à l’aventure de la page qui ne se tourne mais se déroule. Qu’est-ce que j’écris ? Je descends le filet d’encre en ses imprévisibles sinuosités, stagnations narratives et rebonds divaguant, traversées du désert du sens et moments de grâce inventive où les enchaînements sont des miracles maîtrisés, très présent à ce qui m’entoure ou au contraire à mille lieues d’être là. »

 

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Il y a bien là un acte, il se passe quelque chose ; il y a à voir. Il y a spectacle, et l’artiste qui en est le centre n’est habituellement pas sous les feux de la rampe. L’auteur n’est visible qu’en dehors des pièces qu’il écrit. Et s’il lui arrive de jouer lui-même ses propres textes, il est alors deux personnages à la fois : le comédien qui transpire sur la scène puis l’auteur qu’on salut à la fin.
Ici, Michel FRANCESCONI met en scène son propre acte de création. Dans un festival intitulé « 06 en Scène », on pouvait penser que l’écrivain devait rester en coulisse mais, paradoxalement, il est celui qui a attiré mon regard en premier…

16.01.2008

Je souhaite à toutes et à tous une bonne et culturelle année 2008 !

Pour ma part, elle a bien commencé puisque je suis allé au TNN voir deux farces peu connues de MOLIÈRE : « la Jalousie du Barbouillé » suivie du « Médecin Volant ». La première fut écrite aux environs de 1650 et la deuxième vers 1645, lors de la toute première époque de l’Illustre Théâtre (hé oui ! ;.) juste avant l’emprisonnement du chef de la troupe pour dette. Mais elles ne furent jouées, à Paris du moins, qu’à partir de 1660.

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C’était une bonne idée de programmer ces deux pièces pour plusieurs raisons : tout d’abord, bien que je respecte profondément Jean-Baptiste POQUELIN, certaines de ses œuvres sont vraiment sur-représentées par rapport à l’ensemble de la production dramatique française, laissant moins de place à des textes tout aussi intéressants.
Et précisément, certains opus de MOLIÈRE, qualifiés injustement de « mineurs », font eux aussi les frais de ce phénomène.
Injuste en effet, car même si ces farces, impromptus et autres divertissements sont des textes relativement courts — souvent un seul acte qui ne dépasse pas quarante minutes — elles restent des pièces à part entière ; et non pas des "brouillons" de pièces plus connues. Oui, c’est vrai que certains passages annoncent « le Médecin Malgré Lui » et « Georges Dandin », mais cette impression vient du fait que ses premières œuvres, MOLIÈRE les avait construites à la manière des comédies italiennes qu’il avait déjà pu voir, sur la base de canevas sans cesse retravaillés et de personnages prédéfinis. Mais une fois le rideau tombé (façon de parler : dans la salle Michel SIMON, il n’y en a pas) on peut constater que chaque pièce se suffit à elle-même.
Enfin presque car, comme il est difficile de demander au public de venir assister à moins de quarante minutes de théâtre, les metteurs en scène jumellent fréquemment deux ou trois œuvres en un seul spectacle.
La première conséquence de ce choix et que souvent, le public est heureux de retrouver, d’une farce à l’autre, les mêmes comédiens dans des rôles différents. C’est parfois presque jubilatoire. De plus, l’attention du public (petits et grands) est plus facile à maintenir.

Ce vendredi soir-là, nous avons eu droit à une représentation drôle et enlevée. D’ailleurs, nous avions dans la salle plusieurs groupes de collégiens qui manifestement étaient venus sans se concerter. J’ai pu observer chez eux une grande réactivité, une quasi-participation pour certains parmi les plus jeunes qui ne pouvaient s’empêcher de réagir en parlant.
Au contraire de MUSSET, où l’on trouve de superbes répliques qui pourraient se suffire à elles-mêmes, la farce impose d’être servi par un metteur en scène excellent et des comédiens à la hauteur.
Et pour la mise en scène, Pierre PRADINAS s’est montré inventif : c’est même un très bon exemple pour montrer à quel point le travail de mise en scène et d’interprétation peuvent révéler un texte. (pour ceux qui ont l’intention d’aller voir ce spectacle, je vous engage à faire l’expérience et de lire le texte en cliquant ICI) Aussi, c’était une bonne chose que
« le Médecin Volant » soit étudié dans certains collèges. Mon fils se trouve dans l’un d’eux. J’espère qu’il pourra, comme je le lui ai demandé, recueillir l’avis de deux ou trois de ses camarades. J’espère aussi qu’il verra toute la différence entre un livre ouvert dans une salle de classe et un comédien vivant sur une scène.

Les rôles masculins étaient confiés aux comédiens permanents du TNN :
Jacques BELLAY ; Paul CHARIÉRAS ; Aurélien CHAUSSADE ; Paulo CORREIA et Frédéric de GOLDFIEM.
Le premier d’entre eux m’a semblé moins excellent que ses partenaires. On dit souvent qu’il vaut mieux dix comédiens moyens que neuf bons et un extraordinaire. La différence de niveau dans un groupe se perçoit davantage que le niveau global. Aussi, même s’il a montré ailleurs qu’il était un comédien capable du meilleur, Jacques BELLAY, par un jeu trop convenu, s’est contenté d’être seulement bon. Ce n’est pas suffisant, au théâtre il faut être « au top » (choisissez vous-même votre superlatif…) ce qui est difficile et malheureusement, trop souvent nous n’atteignons pas un tel but.
Les rôles féminins étaient tenus par :
Cécile MATHIEU et Philippine PIERRE-BROSSOLETTE.
A l’origine, le programme mentionnait « Sophie DUEZ » et « programmation en cour ». Nous n’avons pas eu à nous plaindre de ce changement.

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P.P.P. (Petite Parenthèse Pognon) :
Il y a deux séries de tarifs au TNN :
Pour la salle Pierre BRASSEUR, selon le placement (numéroté), le prix d’une location s’élève à 32 €, 24 € ou 11 € en plein tarif et 25 €, 18 € ou 7,50 € en tarif réduit ;
Pour la salle Michel SIMON, le placement libre laisse un seul tarif plein de 22 € et un tarif réduit de 16 €.

La salle Pierre BRASSEUR est une véritable salle "à l’italienne", c'est-à-dire avec un parterre de fauteuils et plusieurs étages de balcons (le dernier étage étant le fameux « paradis ») ; la salle
Michel SIMON est disposée comme un amphithéâtre de 350 places au confort approximatif mais offrant un lieu propice à l’échange.

Pour qui veut profiter d’un casier pour y déposer ses vêtements, il est préférable d’arriver un quart d’heure en avance. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai horreur de garder mon blouson sur mes genoux tout le temps de la représentation !

10.09.2007

Falicon

Comme je vous l’ai annoncé dans le dernier article, les « 5es Falicomédies » se sont déroulées pendant tout le week-end à Falicon, village situé à moins de 10 km de Nice, et qui tire son nom de sa situation haut-perchée (la même racine que « falaise », mais tout de même, c’est moins vertigineux).

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Les festivals ont le mérite, à mes yeux, d’amener leur public à plus de curiosité et plus de diversité grâce, justement, à leur touche festive. En effet, la plupart de ces manifestations incluent généralement au moins un apéritif offert, ou alors des "afters" très sympathiques synonymes de rencontres et de discutions.
Les organisateurs, les participants, les partenaires et les collectivités publiques y retrouvent une part du public venu chercher un peu plus que la simple diffusion d’une œuvre. Je n’ai alors pas de honte à employer l’expression « valeur ajoutée ». En effet, essayer de voir autre chose que les ternes émissions calibrées pour le Grand Public est une bonne chose. On peut aller plus loin, et tenter d’aller à des manifestations culturelles où il est possible de rencontrer les créateurs eux-mêmes. Et cela, les festivals le permettent souvent.
D’autre part, qu’il y ai un fil rouge ou pas, qu’un artiste soit à l’honneur ou bien un genre particulier, les programmateurs s’efforcent pour la plupart de proposer une palette suffisamment variée de spectacles mais aussi de lieux pour inciter le public à venir faire des découvertes.

20bfb15608352723c7ee03d50724bfb6.jpgAinsi, le festival de théâtre qui s’est déroulé de vendredi à dimanche à Falicon aura permis aux spectateurs de rencontrer Guy FOISSY, Gérard LEVOYER ainsi que d’autres auteurs dramatiques représentés lors de ces trois journées.
Je n’ai pu m’y rendre que le premier jour (il y avait l’apéritif, hé ! hé !) : la sangria fut précédée de discours fort drôles et sympathiques, mais pas vraiment utiles. Toutefois, un festival digne de ce nom laisse la parole à tous les intervenants et invités ; on remercie ceux qui le méritent, les locaux s’adressent aux élus, les artistes à leur hôte.
Après l’apéritif, nous avons eu droit à un spectacle en extérieur. Je ne dis pas « spectacle de rue » car cette dénomination sous-entend que n’importe qui peut aller et venir à tout moment sur l’aire de représentation. Hors, ici, ce n’était pas le cas : quoiqu’en extérieur, le public était cantonné d’un côté de la placette. Sur l’autre partie, évoluaient les six danseuses de la compagnie Dans’Emoi. Crée en 2004 à Paris, cette structure s’est installée à Cannes un an plus tard. Elle est dirigée par Adeline RAYNAUD.
Il s’agissait pour cette troupe de chorégraphier des phrases extraites de chacune des œuvres théâtrales proposées durant ces Falicomédies. De fait, cela donnait un spectacle assez long (40 minutes) mais pas ennuyeux du tout. L’esplanade André BONNY offrait un beau décor en pierre blanche où se détachaient les danseuses habillées de noir. Il se trouvait à cet endroit un monument aux morts : c’est un symbole très fort, que l’on soit patriote convaincu ou bien anti-militariste. Aussi, il aurait fallu traiter cet élément, inclus de fait dans le spectacle, d’une façon plus précise, plus réfléchie. Malgré certaines imperfections (très visibles puisque le public se trouvait tout près), ce spectacle de danse, plutôt jazz, m’a plut, et j’ai applaudi.
Dans l’assistance se trouvait une autre chorégraphe que je connaissais, et qui, le lendemain, a voulu tempérer mon enthousiasme : mauvaise exploitation de l’éclairage naturel, délimitation de l’espace mal gérée, actes gratuits… Mais bon, c’est une (excellente) professionnelle, elle n’a pas le même œil que moi.
Adeline RAYNAUD m’a confié qu’elle pensait retravailler une partie de ce spectacle dédié à ce festival, pour en faire un autre plus autonome.
Quelques minutes après le salut des artistes, nous étions invités à rentrer dans la salle polyvalente aménagée en théâtre (pas de reproche à faire aux organisateurs, si ce n’est l’inévitable absence de pente dans les gradins).
faeec3d3823d28b8e115b55cc9cf995c.jpgNous avons assisté à la représentation de « Rencontres », de Guy FOISSY. 3 pièces courtes d’un maître de l'humour noir, écrites avec talent. Talent aussi pour les deux interprètes, Emmanuelle LORRE de la Cie Épigramme [ cliquez ICI pour (re)lire l’interview ] et Philippe LECOMTE de la Cie l’Entrée des Artistes. C’est un spectacle qui "tourne" dans notre région et vous aurez, je crois, l’occasion d’aller le voir. Il s’agit de moments dans l’histoire d’un couple : la rencontre, le constat d’échec… Certains passages sont surréalistes, presque fous.
66ecc63606a04c62d3fb4cc161f308f2.jpgOn rit tout le temps… sauf à la fin où le spectateur se laisse surprendre par un changement dans le ton de la pièce. De belles et délicates choses tout à fait inattendues.
Un quasi sans-faute (le personnage masculin accrochait parfois le texte, mais cela restait acceptable) qui m’incite à vous recommander ces « Rencontres ».


 

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Il me reste à féliciter les organisateurs de ces Falicomédies, cinquièmes du nom, ce qui est déjà un beau tour de force — mon expérience personnelle en matière d’organisation de festival me permet de le dire. Encore bravo à Françoise et à Philippe.

04.06.2007

Canon

Il n’y a pas que chez les clowns que le quatrième mur disparaît et que le comédien peut s’adresser au public : c’est également une des bases de la Commedia dell’Arte, univers que j’avais déjà évoqué lors d’un article précédent (cliquez ICI pour relire l’article).
0492912fcdfdef1676568a0d50a4dd2f.jpgJ’y parlais de Dario FO, un des grands maîtres contemporains de cet art particulier. Il est, avec sa femme Franca RAME, à la fois auteur, metteur en scène et acteur ; et le dramaturge italien le plus joué dans le monde avec Luigi PIRANDELLO.
Un de ses textes, « Récits de femmes et autres histoires » était mis en scène dans le dernier spectacle du "6ème Festival de Théâtre aux Arènes". Ce n’était déjà plus exactement de la Commedia dell’Arte (pas de masque, personnages n’appartenant pas au répertoire classique, monologue compréhensible et non pas grommelot…) et le texte était parfois remanié, adapté voire tout simplement ajouté.
Ce n'était pas trahir l’auteur car justement, l’esprit de la Commedia dell’Arte (qui, depuis qu’elle existe, n’a cessé d’évoluer) c’est aussi l’improvisation, basée sur des canevas mainte fois travaillés ou sur l’actualité de la région où se déroule le spectacle ou même sur les menus incidents qui peuvent survenir durant la représentation. Il n’y a donc pas de "canon" de la Commedia, figé dans le marbre.

Spectacle très au point, parfaitement maîtrisé d’un bout à l’autre. Aucune pause ne fut accordée au public, qui était emporté dans ce tourbillon où ont défilé une ribambelle de personnages, tous interprétés par le même comédien : Remy BOIRON, de la Cie Humaine (Cliquez ICI pour visiter leur site.)
Ce dernier a été également mime durant plusieurs années — la aussi aptitude très utile chez les clowns comme pour la Commedia dell’Arte. Et pour terminer en beauté, l’artiste nous a gratifié d’un résumé du spectacle (pratique utilisée aussi par Dario FO). Nous avons découvert alors, en raccourci et en mime, le spectacle qui venait de se dérouler l’instant d’avant. La joie de décoder tous ensemble les différentes scènes passées au rouleau compresseur, raccourcies, épurées par une gestuelle d’une efficacité prodigieuse, était jubilatoire.

f1bfe590bef9db31a5d3e982585b76c0.jpg 856b3859b936ea54e7531a14e547da1a.jpg05709928a9246c1fdae86a4f96e95aa9.jpg


Mais, comme je l’ai dit, ce spectacle comporte aussi des éléments plus universels, se rapportant aux codes du théâtre. Ainsi, l’artiste fait osciller les spectateurs entre rire et larme (les moments drôles qui suivent les instants douloureux font alors office de soupapes, et le public rit encore plus volontiers, afin d’évacuer le trop plein de chagrin accumulé par empathie pour le personnage qui souffre sur la scène). On frôle le frisson poétique.

 

Un dernier conseil : pour ce genre de spectacle, mieux vaut ne pas se trouver au premier rang, sous peine d'y participer, bien malgré soi !

30.03.2007

« Moins 2 » : 18 sur 20

Roger DUMAS avait eu le Molière "meilleur comédien second rôle" en 2006 pour son interprétation dans cette pièce [ cliquez ICI pour (re)lire l’article ]. Mais ce soir, une affichette nous annonçait que le comédien à la voix puissante et au timbre si particulier était encore malade. C’est Jean-Louis BÉRARD qui le remplaçait. Nous espérons bien sûr que Roger DUMAS va se rétablir prochainement. J’imagine qu’un tel changement a dû profondément changer la tonalité de la pièce. En effet, même si son remplaçant est tout à fait à la hauteur, son accent et sa prosodie font davantage penser à quelqu’un comme Fernand SARDOU plutôt qu’à Roger DUMAS.

medium_Illustre-TNN-02.jpgMalgré cela, le tandem de ces deux caractères différents fonctionne parfaitement. En effet, cette pièce très bien écrite par Samuel BENCHETRIT fonctionne souvent comme un enchaînement de sketchs, presque un duo comique. Le fil rouge cependant est un sujet grave : la mort. La mort certaine et toute proche. Et l’amour aussi, l’amitié. C’est un système très efficace que d’aborder des sujets aussi sérieux en déclanchant le rire. Et ici, le rire flirte souvent avec l’humour noir ; le style de jeu habituel à Jean-Louis TRINTIGNANT est ici bien employé. Un autre système efficace est celui d’une scénographie réduite aux accessoires les plus essentiels, accessoires qui constituent presque à eux seuls le décor.

Tous les autres personnages sont joués par Alexandra LONDON et Manuel DURAND. Samuel BENCHETRIT, qui signe aussi la mise en scène, fait ici un choix qui n’est pas rare au théâtre. Il m’est déjà arrivé de jouer plusieurs rôles dans un même spectacle. Il s’agit souvent d’un clin d’œil, d’une manière de montrer que ce n’est pas tout à fait sérieux.

Le programme annonce un spectacle d’une durée de 1h40, mais ce soir là, c’était plus court. Il y avait bien 5 minutes de moins. Rires moins nombreux ? (si, si, ça agit sur la durée d’un spectacle, je peux l’affirmer), coupures volontaires ou pas dans certaines scènes ? Je pense plutôt que cela a été dû à quelque chose comme le rythme plus rapide de Jean-Louis BÉRARD par rapport à celui de Roger DUMAS.

Est-ce une déformation : au début du spectacle, je commençais déjà à me demander ce que j’allais écrire dans cet article, lorsque je fus gêné par la faible portée de la voix des comédiens. Je me disais que peut-être tout le monde s’était ajusté au volume le plus faible, afin de ne pas créer de différence perceptible. Mais tout de même, j’étais situé près de la scène, que pouvaient donc bien entendre ceux qui se trouvaient au Paradis ? (le « Paradis » désigne la galerie située tout en haut de la salle ; le tarif est moins cher et, souvent, lorsqu’on veut louer une place au dernier moment, il en reste toujours dans ces étages élevés…) Mais très vite j’oubliais ce problème, constatant que la salle toute entière riait de bon cœur à chaque occasion. Ce n’est qu’une fois dehors que je fus rejoint sur un passage clouté par un couple de personnes âgées. L’homme me dit, en attendant que le signal piéton passe au vert : « Dommage qu’on n’entendait pas trop bien, car cette pièce est vraiment bien écrite. »

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Pour terminer ce compte-rendu, je vous invite à découvrir un commentaire très différent en cliquant ICI. Je n’ai pas eu le temps de chercher où cette spectatrice avait pu voir la représentation qu’elle commente.

24.02.2007

Psychanalyse (pour tous)

On a coutume de dire qu’un bon casting, c’est 50% du travail de fait. Et pour ce spectacle, le casting était le bon. La pièce, bien écrite, est bâtie sur un sujet pertinent et original (même si son auteur nous cite Wilhelm JENSEN et Sigmund FREUD comme source d’inspiration). De quoi s’agit-il ? De la première pièce de Martine PUJOL : « Une Page à Part ».

Au travers des conversations informelles entre Sigmund FREUD et sa dernière patiente, la romancière et dramaturge Hilda DOOLITTLE, elle nous montre que certains aspects de la psychanalyse sont compréhensibles par tous, que l’on soit familier ou pas de cet univers. La création a eu lieu en octobre, au Théâtre de la Cité. J’ai assisté à une représentation lors de la reprise début février. Et comme ce spectacle sera certainement programmé de nouveau, il mérite que je vous en parle ici.

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Son auteur, Martine PUJOL, avait déjà fait l’objet d’un article [cliquez ICI pour (re)lire l’interview] ; à ce moment là, elle jouait encore en duo dans les spectacles de et avec Richard CAIRASCHI : les fameuses « Chaises de la Promenade », « Les 100 ans du Gym », « Arrête de Râler » ou encore « Le Festin » ; son projet était déjà presque abouti puisque je pouvais en faire l’annonce.

L’écriture… Le casting… restait la mise en scène : c’est Richard CAIRASCHI himself qui en était chargé. Je le confesse aujourd’hui, j’avais une grande appréhension. En effet, je ne connaissais de lui que son côté one-man-show. Un peu comme si Noëlle PERNAT devait signer la mise en scène d’une tragédie de CORNEILLE, vous voyez ? Quels étaient ses talents réels de metteur en scène ? Mise en scène sobre certes, mais véritable mise en scène (et scénographie !) ; ma foi, il s’en est bien tiré. Mais je reviens à ce fameux casting qui a le pouvoir de faire 50% du travail. En effet, l’ambition fréquente chez un comédien est de pouvoir tout jouer ; c’est presque un lieu commun et un désir souvent avoué. Dans la pratique, c’est plus rare et le metteur en scène préfère s’entourer d’artistes qui semblent capables à priori d’exceller dans un genre précis. Le plus facile pour celui-ci étant de faire appel à ceux qui ont déjà travaillé avec lui ou bien ceux dont il a pu admirer le talent sur un autre spectacle. Numa SADOUL est bien connu au Théâtre de la Cité. Il incarne ici un Sigmund FREUD plus vrai que nature. Eh oui plus vrai, car de l’original, on ne connaît que l’aspect sérieux, clinique. Le comédien l’enrichit d'une chaleur humaine, tout en gardant cette image que l’on se fait du fondateur de la psychanalyse.

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De ce bel ensemble, il m’a semblé toutefois qu’on pouvait améliorer encore deux points :

Lorsqu’il y a plus de deux personnages sur scène, les comédiens sont souvent mal disposés dans l’espace, donnant un tableau un peu brouillon (ceci dit, la plupart des scènes comportent deux personnages) ;

Enfin, les passages où Sigmund FREUD explique à Hilda DOOLITTLE certains mécanismes de l’analyse sont, justement, trop explicatifs. Le spectateur prendrait plus de plaisir à faire le lien avant qu’on ne le lui dévoile complètement.

Pour terminer ce compte-rendu, je vous encourage vivement à lire la note d’intention de Martine PUJOL, téléchargeable en format "pdf" (Acrobat Reader), en cliquant ICI. La genèse de la pièce y est clairement expliquée, ainsi que le sujet.

15.02.2007

Un peu trop

Je suis allé voir « On ne Badine pas avec l’Amour », d’Alfred de MUSSET, au Théâtre Francis GAG. C’est un spectacle présenté par le TNN, mais réalisé par le Théâtre des Grands Chemins

Il est toujours difficile de reprendre une œuvre classique qui a déjà été jouée un grand nombre de fois et étudiée dans beaucoup de lycées. Il faut avoir un parti pris qui puisse justifier que l’on ai la prétention de monter un tel spectacle. Imposer sa vision d’une œuvre qui fait partie du patrimoine culturel commun.

Régis BRAUN, le metteur en scène, a semble-t-il choisi de faire de Camille et surtout de Perdican, des personnages assez actuels (et donc ressentis comme plus proches de chacun de nous). Cette impression est moins due aux costumes contemporains qu’à la façon qu’on les comédiens de dire le texte. A leur attitude aussi, un brin "humour et auto-dérision" ; ainsi qu’une certaine chorégraphie incluse dans quelques scènes. Cette façon de faire leur permet effectivement de trouver une nouvelle manière de dire le texte, mais aussi de jouer les situations. Un peu trop nouvelle d’ailleurs, c’est le revers de la médaille : nos deux personnages principaux semblent avoir trop de recul par rapport à leur situation, alors que la trame de cette pièce, c’est précisément l’histoire de jeunes gens complètements dépassés par leurs sentiments. La conséquence étant, je crois, que certains passages forts de la pièce ont perdu en intensité dramatique. L’ensemble est bon pourtant. Si une personne de votre entourage découvre MUSSET et trouve sont style trop précieux, qu’il aille donc voir ce spectacle, les comédiens ont une façon efficace de faire passer des dialogues au style très littéraires pour une conversation « badine » et presque ordinaire. On ne s’ennuis pas un seul instant pendant les 1 heure et 15 minutes que dure ce spectacle sans lourdeur ni temps mort.

Mise à part Rosette, la sœur de lait de Camille, les autres personnages sont des caricatures, des pantins au service du drame central. Régis BRAUN a choisi de ne pas les montrer sur la scène. De simples voix off énoncent le texte, accentuant encore leur côté fantoche. Mais cela nous prive, en revanche, du plaisir de voir évoluer sur scène des personnages plutôt drôles. Il est vrai qu’à l’origine, ils servaient également à "aérer" la pièce, au drame si pesant. Avec cette mise en scène plus légère, c’était moins utile.

Je terminerai en rappelant que j’avais déjà parlé de MUSSET au sujet d’une autre de ses grandes œuvres : « les Caprices de Marianne », pour relire les articles, cliquez ICI et LA.

« On ne Badine pas avec l’Amour » , c’est au théâtre Francis GAG

4, rue Saint-Joseph - Vieux-Nice

jusqu’au samedi 17 février à 20h30 et le dimanche 18 février à 15h00

réservations :

TNN–04 93 13 90 90 / Grands Chemins–06 22 75 61 59

C’est une des répliques les plus connues de cette pièce : (fin de la scène 5 - ACTE II) « Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

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Portrait de George SAND. Certains pensent qu'elle inspira, voire qu'elle écrivit plusieurs des répliques des oeuvres de MUSSET.

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