20.11.2009

Quatre

Quatre extraits du livre « Comme si c’était moi », de Philippe TORRETON, comédien connus au cinéma mais qui a quand même travaillé dix années à la Comédie Française.
Je laisse ces extraits sans commentaire, sachant très bien qu’on peut être contre ses propos comme être entièrement d’accord avec lui. Le but étant que chacun ait envie de réfléchir sur la Culture, et aussi de lire quelques ouvrages sur le théâtre, qu’il s’agisse d’autobiographies ou d’études plus spécialisées.
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Je me suis souvent demandé pourquoi, à l’école, on commençait avec Molière. Mais c’est vachement dur, Molière, à douze ans. On ne comprend rien, c’est truffé de mots totalement oubliés, et ça laisse aux élèves l’impression désagréable que ce n’est pas fait pour eux, Molière, et donc que le théâtre, du même coup, « c’est un peu comme le foot pour les pédés ». Alors qu’il existe partout dans le monde des auteurs vivants, écrivant avec des mots d’aujourd’hui, qui permettraient d’aborder l’art dramatique sans ce genre de complexes castrateurs, pas question d’abandonner Molière ! Mais on peut le remettre à plus tard, quand les bases sont là, et que le virus du langage commence à agir, il ne bougera pas Molière, il est mort de toutes façon, il nous attend fidèle au poste. […/…] Molière n’est pas un prétexte pour faire l’andouille avec des masques. S’il écrivait aujourd’hui, il aurait constamment des problèmes avec les gens en place comme on dit. À son époque, déjà, certains auteurs espéraient sa mort prochaine et se réjouissaient de cette vilaine toux qu’il avait, d’autres appelaient carrément au meurtre… alors… Ne le réduisons pas à un classique qu’il est bon d’avoir lu. Il y a une vie qui va avec, c’est sérieux… et parfois grave, même si c’est drôle.
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Je suis contacté par Jack Ralite pour dire un poème aux états généraux de la culture […/…] il s’agit du « Marbrier de Carrare », de Charles Péguy […/…] Mon premier contact avec le poème est déroutant. Il est bizarrement posé sur le papier, avec des rejets ou renvois à la ligne étranges, et, lorsque je le lis tel que c’est écrit, je ne comprends pas. Un peu comme Claudel, cela devait être à la mode en ce temps-là, lorsqu’on avait un truc à dire, hop ! pas plus de quatre mots par ligne, ou alors ils étaient payés à la feuille. Mon premier travail consista donc à reconstituer les phrases une par une. Alors, tout le sens me parvint. Ce poème est beau, simple et fort. Je m’étais convaincu de le lire (et donc de le recopier) comme je l’avais compris. Mais, saisi d’un doute (car pourquoi alors Péguy l’avait-il rédigé ainsi ?), je me décidai à vérifier auprès de Jean Dautremay, sociétaire spécialiste des poèmes compliqués, si ma méthode n’était pas trop sacrilège. Il trouva ma lecture intéressante, mais me dit qu’il fallait absolument respecter la forme sur le papier, forme qui était aussi de la poésie et signifiait quelque chose. Oui, mais quoi ? Pas de réponse, en tout cas pas claire, et de lui rétorquer que lorsque je respecte l’écriture je ne comprends plus rien. Or il paraît que c’est justement ça, le travail du comédien, respecter l’auteur en le comprenant et en le rendant accessible aux autres. Ouais ! Imparable comme argument, t’as raison ! Sauf que, têtu, j’ai lu mon « Marbrier de Carrare » à ma façon, avec mes phrases reconstituée et, pardon madame ma modestie, mais ça a vachement plu […/…] C’est très beau Claudel, enfin à petites doses, mais lorsque le comédien s’arrête en pleine phrase pour attaquer le reste sur un autre ton, sous prétexte que c’est comme ça dans le livre, ça me fait penser au sketch de Dany Boon sur la collection Harlequin.
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En France on dit : « J’entre » lorsqu’on va sur scène. Dans la tradition de la commedia dell’arte, on dit : « Je sors. »
Je préfère sortir, à tout point de vue, sortir de soi, du monde, pour en gagner un autre.
C’est le plein air, c’est dehors, c’est mieux.
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Je ne suis pas sûr que le moteur principal de l’acteur soit la générosité. Ce mot galvaudé est surexploité en interview […/…] La générosité, c’est un peu le cambouis de ce métier (on ne devient pas garagiste pour en avoir sur les mains, c’est une conséquence, pas une condition nécessaire et suffisante, comme on dit en mathématique).
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Voilà, ce livre est au rayon « Théâtre » de la médiathèque de Nice, rayon fort garni et appétissant.

06.11.2009

Et alors ?

« Une première en France », nous annonce le programme TV de ce samedi soir. Je n’ai pas vérifié, c’est sans doute vrai : c’est la première fois que l’on retransmet en direct à la télévision une pièce depuis un Théâtre National de province. Et c’est tombé sur le TNN, le Théâtre National de Nice.
Il s’agit de la pièce écrite par Jerry STERNER : « Other People’s Money », adaptée et traduite par Linda BLANCHET et Daniel BENOIN sous le titre plus connu de « A.D.A. — l’Argent Des Autres ».
Jerry STERNER, ex-homme d’affaire américain, a réussi une carrière dans l’immobilier, avant d’entamer celle d’écrivain dramatique. Il écrit Other People’s Money en 1989 et connais un succès immense, aux Etats-Unis, mais aussi dans tout le reste du monde.

 

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Ce soir-là donc, à 20h30, nous sommes devant notre « poste de télévision », comme on disait autrefois. La soirée commence par un bref commentaire de l’incontournable Christian ESTROSI, flanqué de Daniel BENOIN.
Puis les caméras de France-2 pénètrent dans l’antre du TNN, et viennent solliciter Alexandra LAMY (oui, c’est celle de « Un gars une fille »…) qui va interpréter Kate, la jeune avocate et Michel BOUJENA, qui lui interprètera Larry-le-Liquidateur, Lawrence Garfinkle.
J’avoue que cela m’agacerait profondément si quelqu’un venait me demander mes impressions sur la pièce que je vais jouer dans cinq minutes, mais bon, les deux comédiens semblent plus solides que moi.

Le spectacle commence. Rapidement, je comprends que je vais m’ennuyer. Le texte (la traduction ?) est pataud, convenu ; tout est "téléphoné" ; les comédiens ne sont pas excellents, surtout Daniel BENOIN qui est carrément mauvais (il "met le ton", comme les enfants à l’école).
Et puis enfin, peu à peu, allez savoir pourquoi, la pièce décolle. Ça y est, je rentre dans l’histoire, je ne me pose plus de question, je reçois le spectacle tel quel.
Je pense que c’est au moment de l’entrée en scène d’Alexandra LAMY, qui est vraiment excellente : présence, interprétation, technique… du début à la fin, ce qui est encore moins évident. Michel BOUJENA cesse enfin de se comporter comme s’il réalisait un one-man-show et d’en faire des tonnes, enfin presque, car il aura encore deux ou trois fois un accent qui revient ou une grimace incontrôlée.
Le décor, les moyens techniques sont assez conséquents (changement "à vue" deux lieux différents reposent sur un plateau qui tourne, comme un gigantesque plateau à fromage, et nous permet d’imaginer qu’on se transporte instantanément de la grande métropole à la province) mais enfin, cette fois-ci cela sert le propos.

Mais plus encore que les décors et les éclairages eux-mêmes, c’est l’utilisation qui en est faite qui m’a beaucoup intéressé. En effet : alors même que le décors n’a pas fini d’être installé, les comédiens sont déjà en train de jouer. Ou parfois, c’est le contraire, les dernières répliques de la scène précédente sont dites sur le nouveau décor de la scène suivante !
Loin d’être un défaut qui détruit l’ensemble, ce procédé fait que la pièce gagne au contraire en dynamisme. Et cela donne même un sentiment de compression du temps (en effet, l’action est sensée se dérouler sur plusieurs mois).
J’aime beaucoup ce genre de mécanisme qui ne réclame aucun moyen technique, seulement humain, et donc qui peut être utilisé par tous. Je ne sais pas si c’est Daniel BENOIN qui en est l’inventeur ou si beaucoup d’autres s’en sont déjà servi, mais c’est tout à fait le genre de trouvaille que j’affectionne.

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Maintenant que quelques jours sont passés, je me pose une question qui mérite que l’on s’y attarde : « ET ALORS ? »
Oui, cette question, chaque artiste, et pas seulement dans le Spectacle Vivant, doit souvent se la poser. Pour savoir si ce que l’on fait est créatif, pertinent, et surtout si ce n’est pas simplement de l’esbroufe.
Et là, rappelez-vous, j’ai dit au début de cet article que c’était la première retransmission en direct depuis un théâtre national de province. ET ALORS ? Qu’est-ce que ça nous a apporté à nous, (télé)spectateurs ? Quelle est la pierre posée à l’édifice de la culture ? Et si cette pièce avait été enregistrée la veille puis diffusée sur France-2 plus tard, quelle différence aurions-nous perçue ?
Peut-être le public présent ce soir-là a-t-il lui senti quelque chose ? Mais j’en doute.

30.10.2009

Programmons un peu

Voici quelques annonces à des dates très diverses. Aujourd’hui, le public est devenu capricieux, et la plupart du temps choisi un spectacle au dernier moment. Mais que cela n’empêche pas certains de programmer à l’avance leurs sorties dans les théâtres de la région.

 

Et tout d’abord, rendez-vous au Théâtre ANTIBEA, à… Antibes, pour aller voir
Le Journal d’un Fou, de GOGOL
Auxence Ivanovitch Propritchine, le héros du Journal d’un fou, est un misérable fonctionnaire. Il appartient à ce petit prolétariat de la bureaucratie russe « l’homme de petite envergure ». A plusieurs égards, il est le plus humain des êtres créés par Gogol : sa révolte et sa fierté de petit fonctionnaire, son rêve d’accéder à l’amour de Sophie, la fille de son directeur, sa revendication d’un droit à l’existence plénière d’homme en font une exception dans le monde des êtres mutilés de Gogol. Ce qui rend imprévisible l’oeuvre de Gogol, c’est l’art de combiner le normal et le pathologique, l’humain et le délire, en un mot l’art de faire souffrir le héros devant nous. Sans sa mesquinerie, sans son amour propre, nous toucherait-il ? Une performance d’acteur !

Production : Antibéa Comédie d’Antibes
metteur en scène : Dominique CZAPSKI
acteur : Dominique CZAPSKI
lumière : Jean-Pierre FRANCES

J’avais déjà vu jouer ce texte par Stéphane HEICHENHOLC, à Nice. C’est une très bonne pièce. Dominique CZAPSKI n’est pas un débutant et je pense que ce spectacle sera intéressant. Ceux qui habitent vers Antibes ont là une bonne raison de ne pas rester à la maison.

Les portes du théâtre sont ouvertes 1/4 d’heure avant la représentation.

Soirées à 20h30, matinées le dimanche à 16h00.

Les spectacles commencent à l’heure précise.

L’accès peut être refusé aux retardataires.

PARKINGS LES PLUS PROCHES : La Poste, Port, Pré aux pécheurs, Place Nationale, Saint Roch.

Les vendredi 30 et samedi 31 octobre à 20h30 et le dimanche 1er novembre à 16h00

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Vu du pont
Théâtre Michel Daner — BEAUSOLEIL

Tout l'univers d'Arthur MILLER dans cette pièce qui emprunte sa forme à la tragédie grecque.

Illustre-Vu du Pont-01.jpgBrooklyn au début du siècle dernier, dans le quartier de Red Hook où vivent les dockers italiano-américains.
Eddy et Béa Carbone, tous deux émigrés italiens, élèvent leur nièce Katie comme leur propre fille. Tandis qu'ils accueillent chez eux deux cousins de Béa, débarqués du pays clandestinement, le plus jeune des deux s'éprend de Katie.
Le rapprochement des deux adolescents engendre une profonde inimitié entre les deux hommes, conduisant Béa à s'interroger sur la nature réelle des sentiments de son mari à l'égard de la jeune femme…

Pour Arthur Miller, l'histoire de cet homme que l'attrait semi-conscient pour sa nièce conduira à trahir sa famille et à se voir rejeter par sa propre communauté, présente toutes les caractéristiques de la tragédie grecque.


Auteur : Arthur MILLER
Artistes : Alexandra BELLON, Laura RICCI, Noël DURAND, Patrice GIACCHI, Brice LANDWERLIN, Henri LONG, Robert MONTHÉARD
Metteur en scène : Patrice GIACCHI (06 14 22 18 38)

Le samedi 28 novembre 2009 à 21h00
Durée du spectacle ~ 01h30
Tarif : 11,00 €

Théâtre Michel Daner
Salle municipale (~ 140 places)
3, place de la Libération
06240   BEAUSOLEIL

Tél. 04.93.41.71.51

 

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A.D.A. : L’Argent des autres
TNN — NICE

Jerry Sterner ● Mise en scène Daniel Benoin ● Adaptation et texte français Daniel Benoin, Linda Blanchet ● Avec Daniel Benoin, Michel Boujenah, Alexandra Lamy, Marie-France Pisier, Pierre Vaneck ● Décor Jean-Pierre Laporte ● Costumes Nathalie Bérard-Benoin ● Lumière Daniel Benoin ● Vidéo Benoit Galera, Jean-Pierre Laporte ● Assistante à la mise en scène Linda Blanchet ● Production Théâtre National de Nice

L'action se passe de nos jours à Paris et dans le Massif Central. L'entreprise industrielle de fils et câbles métalliques dirigée par André Jorgenson fait vivre une bonne partie de la population de la région. Elle survit grâce à des participations achetées dans des manufactures de produits dérivés. Un prédateur financier, loup grossier sans scrupule, se penche sur cette entreprise et propose à son directeur une profitable restructuration… Le duel va s'engager.

France 2 diffusera en direct la soirée du 31 octobre à 20h30. A.D.A. : L’Argent des autres sera le premier direct d’une pièce depuis la province. C’est le TNN qui aura en effet cet honneur, juste récompense au 1er CDN de France et à son public.

Il est vrai que Daniel BENOIN a au moins cette qualité : il sais remplir les salles.

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Un nouveau théâtre, « La Comédie de Nice », ouvre ses portes cette saison avec
Le Clan des divorcées
 
Cette comédie absolument irrésistible met en scène trois femmes qui divorcent, Stéphanie d'Humily de Malanpry, une bourgeoise qui quitte un berger ardéchois, Mary Bybowl, une british un peu délurée qui, elle, quitte un homme de plus et Brigitte la rurale qui elle aussi divorce.

Les frères VARDAR ont connu la réussite il y peu, sur Paris. Il viennent à Nice tenter de poursuivre l’aventure. Je crois que c’est Éric COLLADO qui gèrera sur place le théâtre.

Auteur : Alil VARDAR
Artistes, en alternance : Eric COLLADO, Laetitia GIORDA, Corinne FRÉDÉRIC, Alil VARDAR, Dominique DEVERS, Alice GAULON.
Metteur en scène : Hazis VARDAR, collaboration artistique Pascal LÉGITIMUS

du 08 octobre au 15 décembre, tous les jours sauf les lundi
à 20h00 du mardi au samedi, à 15h00 les dimanche
Durée du spectacle ~ 01h20
Tarif : 18,00 €

La Comédie de Nice (~ 240 places)
12, rue Auguste Gal
06300   NICE

Tél. 04 93 56 99 74

Cliquez sur l'image pour accéder à leur site.

 

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Lao
Lavoir Théâtre — MENTON

Témoignage : c'est l'histoire d'une fille qui part avec une valise sur les routes du monde.
« En 2004, dans le vieux train bleu roumain qui va vers la mer, je rencontre Lao, un p'tit mec de 4 ou 5 ans, crasseux et pieds nus, qui veut voler mes cigarettes, et puis aussi que je devienne sa maman… Ca sert à quoi une rencontre si elle s'arrête là ? »

Le Théâtre du Lavoir est un pôle du Spectacle Vivant à Menton qu’il me semble important de maintenir, de par sa programmation variée et de qualité.
J’ai déjà joué avec Émilie JOBIN, et je peux dire que c’est une excellente comédienne. En revanche, je ne sais pas ce qu’elle est capable de faire en tant que metteur en scène.
Le site de la Cie Arnika (qui a parfois un fonctionnement capricieux) vous renseignera sur l’origine du spectacle. Cela me semble digne d’intérêt (Cliquez sur l’image).

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Auteur : Mandine GUILLAUME
Artistes : Mandine GUILLAUME
Metteur en scène : Stephan RAMIREZ, Émilie JOBIN

le samedi 21 novembre à 20h30 et le dimanche 22 novembre à 15h30

Lavoir Théâtre (~ 90 places)

63, bd du Fossan

06500   MENTON

14.10.2009

On a brisé le veau d’or

J’ai assisté hier soir à une représentation du Roman d’un Trader au TNN. Je n’aurai pas besoin de faire un compte rendu de ce spectacle, les créations du Théâtre National de Nice qui ouvrent la saison sont toujours largement relayées par les média.

Je me contenterai de signaler la bonne performance de  Lorànt DEUTSCH, qui incarne le trader, ainsi que celle de Bernard-Pierre DONNADIEU (qui cependant campe un peu trop souvent l’homme de pouvoir et d’argent, alors que son talent lui permettrai de varier davantage les rôles).
Malgré les comédiens, la pièce était un peu trop fade, par manque de rythme parfois, et à cause d’un texte et de situations trop convenus.
Un signe qui ne trompe pas et que l’on retrouve souvent dans les productions de Daniel BENOIN : l’effet le plus efficace, j’allais dire le plus saisissant, est obtenu à l’aide d’un simple fauteuil de bureau à roulette ; toute la grosse machinerie théâtrale, une fois de plus, n’étant là que pour masquer le vide de certaines scènes, sans apporter grand-chose.
Dommage, car tous ces écrans géants et ces décors qui s’escamotent sont ma foi bien réalisés, et les techniciens ont fait du bon travail, mais les techniciens seulement, pas le créateur.
Je ne regrette pas d’avoir pris le tramway ainsi que deux heures de mon temps, mais je suis un peu resté sur ma faim.

 

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Je pensais même ne rien écrire sur ce spectacle lorsque s’est produit un petit incident, vers la fin de la représentation.
Dans la pièce, la femme du directeur de banque veut obtenir une sculpture d’un artiste en vogue, intitulée « le Veau d’Or » et coûtant la bagatelle de 2 000 000 d’euros. Cette statuette est apportée sur la scène dans un sac et, au moment de la manipuler, le comédien s’est aperçu qu’un morceau s’en était détaché. Tout le monde dans la salle l’a remarqué car cela ne pouvait manifestement pas être une chose prévue dans le scénario.
Malgré tout, chaque artiste a immédiatement intégré cette donnée dans son jeu et a fait "comme si". Gestes adaptés et petites remarques ajoutées au texte original ; quelques mots seulement, improvisés, notamment par Bernard-Pierre DONNADIEU, et parfaitement joués. Ils ont montré qu’ils étaient de vrais comédiens, qu’ils étaient capables de tout et que tout pouvait arriver, le spectacle continuerait.
La salle presque toute entière a témoigné par un rire, ou plutôt une rumeur, sa joie d’assister à cet imprévu. Signifiant presque aux comédiens : « on a bien vu qu’une chose ne s’est pas passée comme vous l’auriez voulu, mais vous avez continué à dérouler l’histoire pour nous et ça marche, nous sommes toujours embarqué avec vous ».

Car enfin : même si, bouleversé, vous pleurez toutes les larmes de votre corps et que l’acteur le plus génial du monde est en train de mourir sur scène, jamais vous ne vous lèverez pour lui porter assistance, parce qu’au fond de vous, une petite lumière de conscience vous rappelle que tous ça est irréel. Beau, important, nécessaire, créatif, éloquent… mais irréel. Le théâtre donne à voir beaucoup de choses, on peut y parler des sujets les plus importants pour l’humanité, y montrer les scènes les plus drôles comme les plus insoutenables, ON SAIT TOUS QUE C’EST POUR DU FAUX !
Le public, en venant louer sa place ce soir là, est parfaitement d’accord avec ce principe. Il va recevoir, il va donner parfois, on va communier, mais les situations et les personnages montrés sur la scène n’existent pas — même lorsque l’histoire est inspirée de faits réels.

Ce que le public ne supporte pas en revanche, c’est que l’on vienne briser son rêve. Et hier soir, si on a brisé ce Veau d’Or, on n’a pas brisé le rêve des spectateurs présents dans la salle.
Parce qu’on a improvisé. Oh, pas beaucoup et la catastrophe n’était pas si grande. Pourtant, je tenais à signaler ce détail car j’ai pu constater que beaucoup de comédiennes et de comédiens professionnels n’ont pas la culture de l’improvisation. Lorsque survient un incident pendant la représentation, les mots viennent, mais la puissance vocale baisse, le ton n’est plus aussi assuré, on bredouille, les comédiens parfois même se contredisent.
(C’est une des règles de base de l’improvisation : il ne faut JAMAIS aller contre ce qui a déjà été établi par les autres partenaires. Un exemple : vous aviez décidé de vous appeler Eustache dans la scène qui doit être jouée, mais un autre comédien s’adresse à vous et vous appelle Jean-françois. Surtout, n’allez pas lui dire : « Oh ! mais tu m’as appelé Jean-françois ? Tu sais très bien que je m’appelle Eustache ! » car là, plus personne dans l’assistance ne croit aux personnages ni à l’histoire, c’est la fin du rêve et le public s’en va.)

La virtuosité fait partie de l’arsenal déployé pour bâtir une œuvre théâtrale. Encore une fois, le public SAIT QUE C’EST POUR DU FAUX, alors il faut bien lui montrer quelque chose de sublimé, de parfait, de beau, de la bonne ouvrage. Et lorsque le Veau d’Or vous parvient en deux morceaux au lieu d’un, on continue de garder le même volume sonore, on continue d’avoir une voix claire, une diction précise, on se reconnecte le plus vite possible sur le texte qui doit suivre et même, on prend plaisir à improviser. Le rêve ne sera pas interrompu.

22.09.2009

Bouillon de culture

Après la période estivale, certaines salles font une présentation de leur programme de la saison. C’est le cas du Théâtre de la Semeuse, toujours en lien Colonne de Gauche.
J’ai ainsi eu la chance d’être convié à une conférence de presse qui a eu lieu le jeudi 17 septembre, dans l’ancienne chapelle désacralisée et "rebaptisée" depuis Centre Culturel de la Providence. En effet, cette association gère désormais deux salles : le théâtre de la Semeuse (montée Auguste Kerl) et la Providence (rue Saint Augustin). Frédéric REY, qui dirige ce lieu depuis plusieurs années maintenant, devait jouer le rôle de maître de cérémonie.

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En guise de préambule, il nous confirmait que la programmation musicale à la Providence puisait ses choix dans la musique ancienne et baroque, ainsi que dans ce qu’on appelle la musique du monde.


On pourra ainsi découvrir, entre autres, un spectacle assez particulier, intitulé le Cabinet des Curiosités de William Shakespeare. Ce qu’on appelait autrefois un cabinet des curiosités représentait l’ancêtre des musées ; le public sera sensé être plongé dans l’intimité créatrice de ce grand auteur. (La brochure précise qu’en raison du lieu et de l’installation, le nombre de spectateurs est limité à 30.)

Nous avons pu ensuite admirer un extrait du spectacle de Flamenco du groupe Kaena Colora. Moi qui n’ai jamais été bercé par ces sonorités, j’avoue avoir été totalement séduit par la virtuosité des deux musiciens, un percussionniste assis sur son instrument et un guitariste aux mains fines et longues et à l’habileté diabolique.

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Autre spectacle à signaler, à la Semeuse cette fois-ci : Solo Para Paquita, comédie aigre-douce écrite en 1997 par Ernesto CABALLERO.
" Paquita est madame tout le monde. Elle souffre de la solitude et pour y remédier, s'inscrit au Bingo. Là, elle rencontre un homme, avec lequel elle partage une aventure. Elle est amoureuse, il va l'oublier. L'auteur pose la question du passage à l'acte au travers de la déception amoureuse. "
La Mise en scène est signée Émilie PIRDAS, de la Cie le Cri du Cœur et la comédienne, Isabelle BONDIAU-MOINET, est issue de la CieALCANTARA. Leur ayant demandé si elles avaient quitté leur compagnie respective pour en fonder une troisième, elles m’ont répondu qu’il s’agissait d’une simple envie de travailler ensemble sur ce projet. Que chacune d’elle marquait seulement une pause dans leur activité habituelle.

Vous pouvez télécharger le programme détaillé de chacune des deux salles (deux programmes distincts) en allant sur le site de la Semeuse : cliquer sur le lien en haut de la Colonne de Gauche. Ces programmes vont jusqu’au mois de décembre, au-delà… il faudra une deuxième soirée de présentation !

Durant le cocktail, Frédéric REY a répondu à ma question : comment se décide la programmation à la Semeuse ?

Je suis responsable de la programmation, mais je travaille quand même beaucoup en association avec Isabelle WARNAAR, pour tout ce qui est jeune public, et je travaille beaucoup avec Fanny aussi pour essayer de trouver des choses ; parce que plus on est nombreux à aller voir des spectacles, un peu à droite à gauche, et mieux c’est.
Bon, c’est vrai que j’ai des thématiques qui me sont chères, le théâtre contemporain m’intéresse beaucoup et depuis toujours. Donc c’est vrai que je vais chercher des choses dans le répertoire contemporain. C’est pour ça par exemple qu’on va voir Solo Para Paquita

Ça, c’est côté théâtre, à la Semeuse…

Côté théâtre. Pour tout ce qui est théâtre, je suis plus dans le répertoire contemporain et j’essaie d’alterner des choses grand public comme le Clan des Veuves, puis des choses plus pointues. Mais l’idée c’est l’éclectisme. La programmation elle est dans le répertoire contemporain, mais dans ce répertoire là, c’est varié.

Mais alors, pourquoi cette différence entre programmation théâtrale orientée vers le contemporain et programmation musicale qui privilégie la musique ancienne et le baroque ?

Je trouve que c’est aussi une question de lieu. C'est-à-dire qu’on a un lieu là-bas [la Semeuse] qui est plus moderne dans son architecture, ici [l’entretien a lieu à la Providence] c’est un lieu qui date de 1669. Et c’est vrai qu’il y a là une forme de sacralité. Les musiques anciennes, les musiques baroques, c’est merveilleux au niveau des sonorités, de l’acoustique, c’est extraordinaire.
Et aussi, au-delà de ça, toutes les musiques étrangères, et notamment la musique indienne qui est liée au rite, la religion, à des choses comme ça, ou le Flamenco, qui est une chose plus populaire… à chaque fois, ici, cela prend une dimension fabuleuse.
Et c’est aussi un goût personnel. Parce que j’avoue que je suis très ouvert sur la culture étrangère ; personnellement je voyage beaucoup, et c’est vrai que j’ai un besoin de ramener tout ce que j’ai vu, tout ce que j’ai entendu… j’ai envie de le ramener à la Providence pour le faire découvrir.

Tes collaboratrices et toi-même allez voir beaucoup de spectacles et c’est cela qui te permet de les programmer. Mais est-ce qu’il vous arrive de présenter des spectacles que vous n’avez jamais vus ?

Pour une création, c’est le cas : un projet de création, je ne l’ai pas vu ! Mais il y a des équipes que l’on suit depuis plusieurs années, on sait ce qu’ils sont, ce qu’ils font, donc on fait le pari de travailler avec eux. Alors parfois ça donne des choses très bien, puis des choses moins bien…
Tout à l’heure, on entendait Aurélie PEGLION parler de son projet ; Serge PESCE on le connaît depuis des années, c’est un musicien qui est connu ici ; la compagnie ARKETAL, pour les marionnettes, elle est très connue ; Baudouin, il a fait je ne sais combien de bandes dessinées, Salade Niçoise etc.

Après avoir remercié mon hôte, il ne me restais plus qu’à espérer un public nombreux, chose qui n’est jamais assurée, même lorsque les spectacles sont de qualité, hélas.
Je reste malgré tout optimiste car cette soirée là m’a donné une impression de grand bouillonnement, d’une culture qui vit et s’épanoui peu à peu, et j’aime ça.
Et puis, bientôt, le parvis de la Providence sera transformé en théâtre à ciel ouvert (sans jeu de mot) comme le montre la photo ci-dessous :

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15.09.2009

Toujours aussi énorme

Mon prochain déménagement me laisse peu de temps pour rédiger des articles. Mais par chance, une couturière de la Diacosmie m’a envoyé quelques photos intéressantes, qui me permettront de poster malgré tout cette note aujourd’hui.

La « Diacosmie » : les lecteurs habitués de ce blog savent déjà ce que c’est ; les autres peuvent cliquer ICI pour lire le long article qui lui est consacré.

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Madame Mélodie SIMON me précise qu’elle est couturière, et non pas habilleuse. Elle travaille donc en atelier, les essayages étant dirigés par une autre personne.
Elle me signale également que les robes font un poids important (souvent plusieurs jupons, tissus de velours, perles, différentes décorations…) qui demandent aux artistes qui les portent un temps d’adaptation. La première répétition où l’on joue avec les costumes s’appelle d’ailleurs la « couturière » !

 

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Il ne reste plus qu'à souhaiter que ce bâtiment ouvre une nouvelle fois ses portes aux visiteurs.

31.08.2009

Falicomédies 2009

Ce jeudi 02 septembre, lors des Falicomédies 2009, vous pourrez venir voir et écouter

Fables de ma fontaine de Claude NOUGARO

Avec : Emmanuelle LORRE et au clavier Michaël CREUSY
(Spectacle réalisé avec l’aide de la Cie Rouge Éphémère.)

Illustre-Falicomédies 2009-01.jpgPas à pas, points à poings, rimes à rythmes, une comédienne et un pianiste s’abreuvent aux mots et maux de NOUGARO.
De la plume de l’ange Claude au K du Q, de la poésie au fou rire, du slam au romantisme, l’esprit du Petit Taureau veille…

Un spectacle où la langue du bois se parle sur un banc, ce canapé du pavé. Quelques pigeons, une hirondelle, un papillon, une cheminée, un théâtre… le tour est joué !
Héros de la castagne lexicale, taureau noir du swing, nous connaissons tous Claude NOUGARO auteur, compositeur et interprète talentueux à la voix chargée de soleil. Orfèvre des mots, musicien autant que poète, il avait le sens du rythme et des rimes. Dans Fables de ma fontaine, c’est le poète, le faiseur de rimes que nous retrouvons sur les chemins de la poésie buissonnière ; pas de chansons, mais des textes, des fables avec morale, parfois immorales. L’artiste a “ décidé de laisser couler la fontaine de son inspiration ”.


17 textes de NOUGARO, lus, parlés, cités, joués, parfois chantés ou fredonnés, avec beaucoup d'humour :
Introduction - Les Pigeons - Les Ogives de Julien - Jésus - Comme l'hirondelle - Plume d'ange - Langue de bois - Ma cheminée est un théâtre - Le Papillon et le troubadour - Victor - Le K du Q - L'Aspirateur - Eugénie - Le Coq et la pendule - Rimes - Chanson pour Marylin - Comédie musicale

Créé en 2002, Fables de ma fontaine a été le dernier spectacle de Claude NOUGARO. Le 9 septembre 2009, il aurait eu 80 ans…
« Ce sont les mots qui sont mes maîtres, et j’aime ça. Je suis enchaîné aux mots. En même temps, cette chaîne est l’instrument de ma liberté, de ma délivrance. Je suis un chanteur à textes qui chante un peu en rythme »
Claude NOUGARO

Certains d’entre-vous auront déjà aperçu Michaël CREUSY dans Divaguez-vous, un spectacle de la Cie Une petite Voix m’a dit ; d'autre part, j’ai déjà évoqué sur ce blog la comédienne Emmanuelle LORRE (cliquez ICI, ICI et encore LÀ pour relire l’article).

Ce sera donc à 21h00, sur la commune de Falicon, à la salle Élagora
Durée : 1h30
Tarif : 15 €uros