03.07.2008

Anecdotes

« … Quand on écrit une pièce, il y a toujours des causes occasionnelles et des soucis profonds. La cause occasionnelle c'est que, au moment où j'ai écrit « Huis Clos », vers 1943 et début 44, j'avais trois amis et je voulais qu'ils jouent une pièce, une pièce de moi, sans avantager aucun d'eux. C'est-à-dire, je voulais qu'ils restent ensemble tout le temps sur la scène. Parce que je me disais que s'il y en a un qui s'en va, il pensera que les autres ont un meilleur rôle au moment où il s'en va. Je voulais donc les garder ensemble. Et je me suis dit, comment peut-on mettre ensemble trois personnes sans jamais en faire sortir l'une d'elles et les garder sur la scène jusqu'au bout, comme pour l'éternité. C'est là que m'est venue l'idée de les mettre en enfer et de les faire chacun le bourreau des deux autres. Telle est la cause occasionnelle. Par la suite, d'ailleurs, je dois dire, ces trois amis n'ont pas joué la pièce, et comme vous le savez, c'est Michel VITOLD, Tania BALACHOVA et Gaby SYLVIA qui l'ont jouée… »

 

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On ne parlera pas ici des « soucis profonds » de Jean-Paul SARTRE, même si on se doute qu’il s’agit de l'absurdité de nos existences et de la force qu’il faut pour se révolter, pour continuer…

L’auteur de « la Putain Respectueuse » et des « Mains Sales » illustre bien ici ce phénomène paradoxal en apparence. Entre le moment où l’artiste envisage de créer une œuvre et le moment où il pourra commencer sa réalisation, plusieurs années peuvent s’écouler, à attendre ce petit rien qui servira de déclencheur. Un écrivain croisé au hasard d’une rue ; une participation dans un festival ou une opération caritative ; une salle qui se libère ; l’appel au secours d’un confrère ou bien même un échec précédent dont on a gardé le travail, la "matière", et qui devient le point de départ d’un nouveau projet. Et même si, souvent, c’est une idée forte, un besoin d’exprimer un sentiment profond qui est à l’origine d’une œuvre dramatique, il aura fallut attendre que le hasard nous tende la main. Il est toujours difficile (même lorsqu’on est connu) de monter une création. Et la futilité du déclic ne préjuge en rien de la valeur d’un spectacle.

Je me souviens qu’il y a une douzaine d’années, le père d’une amie, italienne d’origine, avait appelé sa fille à la rescousse. Conseiller municipal de CUNEO, il avait dirigé la création d’un festival du livre, en octobre. Mais la troupe de comédien qui était censée assurer les différentes animations à travers la ville durant toute la manifestation avait fait faux bond, à seulement une semaine du début.

Mon amie, élève comme moi au même cours de théâtre, avait à son tour battu le rappel des volontaires pour une aventure en Italie. C’est ainsi je que je me retrouvais, avec quatre autres amis, entassé dans une voiture trop petite pour cinq et filant vers CUNEO. Nous n’avions qu’une idée approximative de ce qui nous attendait. Nous avions quand même pu préparer une animation prévue sous le chapiteau principal (un pastiche de débat entre professionnels du livre, qui s’est fort bien déroulé).

Nous nous sommes ensuite retrouvés dans le théâtre municipal de la commune. Quelques heures plus tôt, on nous avait annoncé qu’il faudrait lire des textes devant un parterre de professionnels. C’était un festival « transalpin", il y avait donc des œuvres écrites en français, mais dont les auteurs n’avaient pu faire le déplacement pour défendre ici leur production. On nous demandait donc de le faire à leur place.

Un problème toutefois : le texte le plus long était très abstrait. Son créateur n’étant pas là pour nous le déchiffrer, il a fallut improviser et décider d’un parti pris. Nous avons remarqué qu’il y avait une alternance de textes écrits à la première personne avec des paragraphes écrits de façon impersonnelle. Nous avons alors convenu que les passages à la première personne devraient symboliser le travail de réflexion de l’auteur et seraient dits dans un micro par l’un d’entre nous, depuis les coulisses, et les autres passages, représentant le travail d’écriture lui-même, seraient dits par les autres, présents sur scène et symbolisant la plume qui court sur le papier, aux ordres de la « voix ».

Qui allait devoir rester derrière les rideaux, sans pouvoir se montrer sur la scène de ce théâtre si accueillant ? Avant le départ, mon amie m’avait prévenu : « CUNEO est une ville un peu bourgeoise et pour pouvoir monter sur scène, il faudra être habillé en costume et cravate. » J’avais ainsi emporté ma seule veste puis choisi une chemise et une cravate du plus bel effet. Arrivé sur les lieux, on me traduisit les propos du directeur : impossible pour moi de me montrer sur scène, car la veste de mon costume était claire et il fallait une veste de couleur sombre ! C’est donc moi qui dû rester dans l’ombre, sans pouvoir — ô malheur de misère ! arpenter les planches de cette scène si belle dans ce magnifique petit théâtre à l’italienne.

A toute chose, malheur est bon puisque, une fois la soirée achevée, notre prestation fut saluée par tous. Beaucoup, me montrant du doigt, me disait en italien : « Ah, c’était vous, la "voix" ? Bravo, très bien ! ». Pendant de longues années, mon rêve fut de retourner en Italie et d’y jouer un rôle en italien. Mais mon apprentissage de la langue a pris énormément de retard. Qui sait, peut-être le destin me fera-t-il de nouveau signe ?

02.02.2008

N O N ! ! !

Mon amie me demande gentiment si elle peut assister à une de nos répétitions. Je lui réponds aussitôt « non ! » d’une manière quasi automatique et plutôt abrupte. Je m’en rends compte et lui explique que la plupart des metteurs en scène n’acceptent pas qu’une personne étrangère au spectacle puisse voir ne serait-ce qu’une fraction de leur travail en cours de réalisation.
Cela peut paraître démesuré comme attitude, on pourrait croire qu’ils en font un peu trop dans le mystérieux. Peut-être. Mais c’est comme ça, je n’ai pas le choix.
Elle est déçue, elle aimerait voir comment se déroule une répétition. Je la console en lui disant que chaque metteur en scène a sa façon de travailler.

Par exemple, je me souviens qu’avec Henri LEGENDRE, qui dirige le Théâtre de l’Alphabet, les comédiens répètent une, voire plusieurs scènes sans une seule interruption. Il donne la priorité aux indications essentielles pour le personnage et la situation. Si le comédien a parfaitement intégré ces informations, s’il joue avec, il ne devrait pas se planter sur tel ou tel moment précis. Ainsi, même si la scène cloche visiblement, il attend jusqu’à la fin avant d’en expliquer la raison. D’autre part, et c’est en totale cohérence avec ce qui précède, il ne vient jamais sur scène pour jouer lui-même ce qu’il attend des acteurs. Il expliquera cinq fois, dix fois, autant de fois que nécessaire plutôt que de montrer, d’imposer quelque chose. Il tient absolument à ce que les choses viennent des comédiens. Pour eux, c’est très valorisant, ils ont vraiment le sentiment de créer, d’apporter leur sensibilité.
Le revers de la médaille est que certains de ses spectacles pêchent par l’imprécision et même la platitude de leur mise en scène ! En effet, des comédies de MOLIÈRE — comme « les Fourberies de Scapin » par exemple — ou bien des vaudevilles d’Eugène LABICHE ou Georges FEYDEAU gagnent en efficacité lorsque les déplacements et les entrées/sorties sont travaillés avec précision. En revanche, des textes de Nathalie SARRAUTE, d’Eugène O’NEILL ou de Jean RACINE, toutes ces œuvres où l’essentiel se passe dans la tête des personnages sont magnifiquement servis par la qualité de la concentration qui résulte de sa méthode de travail. Je me souviens que le TNN avait monté « Phèdre » la même année que le Théâtre de l’Alphabet. Et, parmi ceux qui avaient pu assister aux deux spectacles, je n’étais pas le seul à prétendre que la version d’Henri LEGENDRE était bien plus saisissante, plus impressionnante. Être à moins de trois mètre de Phèdre et l’écouter parler un langage extrêmement raffiné en pleurant toutes les larmes de son corps, rongée par la honte et le désespoir, croyez-moi, ça secoue !

84d046671b41efb558e031d1b5babb1e.jpgHenri MASINI, qui lui dirige le Théâtre du Cours, procède différemment. Bien qu’il laisse une part de création à chacun, il essaye le plus tôt possible de définir les déplacements, les actions ainsi que les intentions de chaque réplique. Chaque phrase est décortiquée, répétée plusieurs fois, mise en relief. Peu à peu, après plusieurs lectures et les premières répétitions, les personnages commencent à se fixer et les pages suivantes sont plus rapidement travaillées. Au final, après une bonne cinquantaine de répétitions, le spectacle est fin prêt, millimétré. Cette façon de travailler provient surtout du fait qu’il ne monte que des comédies (« le Dîner de Cons » ; « Boïng Boïng » ; « un Grand Cri d’Amour » etc.) Genre qui a besoin d’efficacité et de précision (certains gags, certains quiproquos ne pourraient d’ailleurs pas fonctionner avec de l’à peu près : le mari et l’amant qui se croisent sans se voir etc. etc.) D’ailleurs, je ne verrais pas Henri MASINI monter « la Mouette » d’Anton TCHEKHOV au Théâtre du cours…
Être interrompus à tout bout de champ, recommencer deux lignes plus haut, essayer trois façons différentes en une minute, changer un mot pour un autre, répéter dix fois la même réplique… Cette façon de travailler nécessite des comédiens pas forcément aguerris mais "solides".
En contrepartie, lorsqu’arrive la première, malgré l’inévitable trac qui guette chacun, il y a comme une certitude que tout va bien se passer. Comme un filet invisible prêt à recevoir ceux qui trébucheraient.

6beba1c4441d4ec146b7ac62819052fa.jpgStéphane EICHENHOLC (cliquez ICI pour relire un article le concernant) a joué dans le « Dom Juan » monté par Daniel BENOIN au TNN en 2003. On lui avait confié le rôle de Dom CARLOS, celui qui veut tuer ce séducteur impénitent car il a fait le malheur de sa sœur Elvire. Il y avait une scène entière qu’il « portait ». Il m’a confié qu’il n’a eu droit qu’à trois répétitions en plus des quelques conseils d’un maître d’arme mais… pas de droit à l’erreur !

Jacques FENOUILLET, même s’il donne lui aussi beaucoup d’indications globales sur les personnages et les situations, essaye de nous faire explorer d’autres voies en pratiquant des exercices en apparence purement physiques. Un exemple entre mille : seul, debout sur la scène, le comédien va prononcer les verbes qui sont dans le texte. Il doit les dire chacun plusieurs fois de suite, à l’infinitif, en essayant de leur donner vie, en étant démonstratif, en jouant, en délirant avec. Il ne peut bouger qu’un seul bras, le reste du corps restant immobile. Un autre exemple : à chaque fois que l’on rencontre une conjonction de coordination (les fameux « Mais où est donc ORNICAR ? »), il faut changer d’intention dans notre jeux. Il nous demande aussi de jouer en touchant tout ce qui passe à notre portée, murs, sol, accessoires et partenaires, avec les mains mais aussi avec la tête ou les pieds… Tous ces petits jeux semblent anodins mais il faut reconnaître qu’ils sont très efficaces, surtout lorsqu’on aborde un rôle qui ne nous inspire qu’à moitié.
Souvent, Jacques FENOUILLET tente de nous stimuler par ce qu’il affectionne particulièrement et que j’appelle un « choc aléatoire » : un comédien est remplacé par un autre au dernier moment ; un accessoire essentiel ou un costume est modifié ; une partie du texte qui avait été travaillé est réécrit ; « ce soir, tu ne veux pas jouer pied nus ? »… Etc. Si c’est une chose que j’apprécie beaucoup, c’est parfois déstabilisant, au point d’en être périlleux.

Enfin, je répète actuellement avec ALFRED, un comédien dont j’ai déjà parlé ICI. Il mijotait depuis longtemps le projet d’écrire, monter et jouer une comédie. C’est ce travail-là que nous sommes en train de faire. Dans ce cas, le comédien qui me donne la réplique est aussi le metteur en scène et l’auteur ! La conséquence directe est que non seulement il me permet de tenter des modifications et des ajouts au texte, mais il m’y encourage vivement. Il était entendu dès le départ que le manuscrit qu’il m’avait confié n’était achevé qu’aux deux tiers… Dès que l’un de nous deux a une idée, on s’arrête de jouer et nous l’essayons tout de suite. Nous nous amusons comme des enfants… mais attention, nous travaillons comme des adultes ! Résultat en juin…

C’est en tout cas un point commun que j’ai remarqué chez pratiquement tous les metteurs en scène,
soit que j’ai eu la chance de travailler avec eux, soit que je sois allé voir leurs spectacles : toutes proportions gardées, ils accordent une liberté par rapport au texte original, même s’il s’agit des alexandrins de CORNEILLE ou d’une scène ultra connue. Ce peuvent être soit des coupures dans certaines scènes, ou même des scènes entières qui disparaissent ; soit des réécritures pour adapter les répliques aux décors et aux accessoires utilisés, voire aux comédiens (un rôle féminin qui devient masculin par exemple…) ; enfin ce peut être une réplique jugée faible, maladroite ou inadaptée dans le contexte d’une mise en scène particulière, ou lors d’une transposition du théâtre au cinéma (par exemple, lorsque « Cyrano de Bergerac » d’Edmond ROSTAND avait été porté à l’écran par Jean-Paul RAPPENEAU en 1990, une bonne vingtaine de vers avaient été ajoutés !).

Plusieurs metteurs en scène sont également professeurs. Cela leur permet de travailler certaines scènes importantes pendant leur cours, élèves et comédiens mélangés : les comédiens trouvant de nouvelles voies à explorer au contact de nouvelles personnes, dans un contexte différent ; les élèves profitant de l’expérience des autres.

29.07.2007

Ailleurs

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 Une fois n’est pas coutume : je vous montre un théâtre qui n’est pas situé dans notre département. Pas même dans notre région ni en France, il est situé à ЗаЛорοжье (prononcer Zaparojié) ville d’Ukraine qui compte un million d’habitants.
Dans cette commune comme à Kiev, la capitale, je n’ai pas pu trouver de festival d’été ou autre manifestation estivale mettant le théâtre à l’honneur. Est-ce à dire qu’en juillet les artistes se reposent ? Peut-être tout simplement que le manque de temps ne m’a pas permis de dénicher de spectacle.

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14.03.2007

B r è v e s - I I

Une fois de plus, l’actualité d’une part et mes envies de l’autre font que j’ai plusieurs petites choses à inscrire ici.

Commençons par les annonces.

La première provient du théâtre Trimage :

 

« Rencontres »

de Guy FOISSY, avec Emmanuelle LORRE et Philippe LECOMTE, direction d’acteurs Corinne RIVIĖRE.

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A l'occasion de ses 50 ans de théâtre, 3 pièces courtes du maître de l'humour noir, dont 2 en création :

Mort aux laids (création) Un couple de comédiens refuse de jouer ce soir...  Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Qui sont ces laids qui les tétanisent ?

Annonce matrimoniale Petits arrangements avec la vie, l'amour, la mort et autres impondérables. Ils se rencontrent par une petite annonce. Elle aime tuer les chats, il aime tuer les enfants. Dans un climat d'humour noir, ils vont peu à peu se dévoiler, s'affronter et peut-être s'aimer...

Dépositions (création) Un homme et une femme font une déposition sur la déchéance de leur couple.  Où sont-ils ? Se connaissent-ils ? Sont-ils le chacun ou la chacune de l'autre ? Ou...

 Un spectacle grinçant, touchant… profondément humain.

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Du 16 au 24 mars (vendredis et samedis à 21 h 00, dimanche 18 à 17 h 30)

 

Théâtre Trimages

17, rue d'Alsace-Lorraine 06 000 Nice

04 93 16 89 36

www.fnac.com - www.billetreduc.com - www.ticketnet.fr

 

Plein tarif 14 euros / réduit 10 euros (étudiants, chômeurs, seniors, adhérents Trimages, FNAC, Virgin, FNCTA, CE, groupe de 10 personnes)

 

La deuxième annonce vient de la Cie Baie des Anges :

« FOLIES COMIQUES »

avec : Béatrice Strim (Paula) Candide Portes (Lydia) Valérie Kirkorian  (Kiki )

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L’AUTEUR ZAZO CHICO est un dramaturge connu, traduit en plusieurs langues qui a choisi d'écrire sous un pseudonyme et pour son plaisir des textes burlesques dans la lignée des MARX  BROTHERS. Il a notamment écrit des textes pour Raymond DEVOS, Philippe NOIRET,Jean POIRET, Michel SERRAULT, Jacques MARTIN.

LA PIECE

« FOLIES COMIQUES » est une satire souriante des tendances intellectualistes qui régissent l’art dramatique actuel. 3 filles, fans de théâtre se trouvent à la tête d’un lieu minuscule de 27 places, et découvrent qu’un lieu théâtral a besoin pour exister d’une pièce. Tant pis, elles en bricoleront une elles même. Et nous voilà emportés dans une folle parade, truffée d’effets  burlesques où les fantômes des MARX BROTHERS se sont donnés rendez-vous. Une force comique pure éclate à tout instant, bousculant les lois du genre au point de nous donner l’impression de marcher sur la tête mais finalement tout s’imbrique harmonieusement, tout est plié, réglé, car derrière ces personnages désopilants se cachent des solistes virtuoses.

Hôtel Le Scribe

20, av. Georges Clemenceau (angle rue Paganini) à NICE

Mars et Avril, samedi à 21h00 et dimanche à 15h00

Réservations au 06 64 68 79 19

 

Enfin je vous rappelle que, comme annoncé lors d’un précédent article [cliquez ICI pour le (re)voir] , les journée « POËT POËT » à l’Impasse, c’est aujourd’hui jeudi.

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En plus de ces annonces, je souhaite maintenant évoquer un phénomène qui touche la population féminine du monde du spectacle.

Au fil de mes diverses expériences, j’ai pu constater que beaucoup de comédiennes font preuve de coquetterie. Les personnes concernées auront beau s’en défendre, je répondrais que je crois ce que je vois. En effet, j’ai déjà vu une comédienne refuser de dire une réplique parce que celle-ci donnait une image vulgaire du personnage qu’elle interprétait, alors que précisément, c’était un des traits importants du personnage. (Et elle argumentait la bougresse !) ; j’ai déjà vu une comédienne refuser de porter des lunettes afin de ne pas donner une image d’elle trop vieillie ; j’en ai même vu une vouloir paraître plus jeune que sa camarade qui jouait pourtant le rôle de sa fille !

A toutes celles qui acceptent de s’enlaidir, de devenir vieilles, de paraître grotesques ou vulgaires ; à toutes celles qui, oubliant ce qu’elles sont deviennent ce qu’on leur demande d’être, A toutes celles-là, je leur dis qu’elles ont l’engagement qu’il faut pour arriver à faire de l’art véritable, et je leur adresse un salut respectueux.

02.03.2007

Le grand écart

Celui qui fait la démarche de prendre des cours d’art dramatique ne peut pas avoir une attitude de « consommateur ». Il ne lui est pas possible de se dire qu’aujourd’hui, il va aller recevoir l’enseignement de l’un, puis dès le lendemain aller voir ce qui se fait chez l’autre. Même et surtout si cet un et cet autre sont de bons professeurs.

En effet, cours de théâtre, ateliers d’improvisations, stages divers, tous cela est dispensé par des enseignants qui sont eux-mêmes, dans leur grande majorité, des artistes de scène. Ils ont une vision, leur vision du métier. Ils ont leur conception de l’art dramatique. Ils ont leur méthode pour former leurs élèves. Ils sont parfois aux antipodes les uns des autres, chacun ayant en lui une vérité, un parti pris, une conviction profonde. L’élève débutant qui promènerait d’un cours à l’autre n’additionnerait pas, par une arithmétique naïve, l’expérience des uns et des autres. Au contraire, sans un minimum d’expérience de la scène, les leçons prises ici iraient en déduction de l’enseignement pris auparavant. Il y a souvent, en apparence, des contradictions dans les propos des différents intervenants, qu’ils soient professeur mais aussi metteur en scène.

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Ce n’est qu’en forgeant sa propre expérience que l’on peut enfin profiter des leçons de tous. D’ailleurs, un débutant peut progresser fortement les deux premières années avec un seul professeur si celui-ci est bon. Je pense même qu’il faut avoir une confiance totale dans celui qu’on a choisi pour ce genre de formation. Après, oui, après, on peut faire le grand écart.

28.01.2007

B r è v e s

Je viens de me rendre compte que je suis devenu superstitieux... Comme tous ceux qui doivent monter sur les planches. Même si certains ne le reconnaîtront jamais, car s’imaginant ne pas l’être. Chacun est superstitieux à sa façon : cérémonial pour se mettre en condition (« allez, ça va commencer, on se tient tous les mains ! » ; déviance de ce qui est à l’origine un simple et nécessaire training d’acteur), alimentation (« la salade, ça fait bafouiller… » ; c’est sûr qu’il ne faut pas manger une daube-raviolis juste avant de grimper sur scène), accessoire (« putain, ce soir, j’ai pas la même chemise, je vais être mauvais ! » ; autrefois, on prétendait que le vert sur un costume portait malheur), partenaire (« ce soir, tu m’as pas regardé lorsque j’ai dit "phylactère", et du coup j’ai eu un blanc tu comprends ? ») et, pour ce qui me concerne, même la façon dont j’ai garé ma voiture (« je suis garé super près ! La chance est avec moi ! »

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« CYRANO

Ragueneau ne pleure pas si fort ! ...
(il lui tend la main.)
Qu’est-ce que tu deviens, maintenant, mon confrère ?
RAGUENEAU, à travers ses larmes.
Je suis moucheur de... de... chandelles, chez Molière.
CYRANO
Molière !
RAGUENEAU
Mais je veux le quitter, dès demain ;
oui, je suis indigné ! … Hier, on jouait
Scapin,
et j’ai vu qu’il vous a pris une scène !
LE BRET
entière !
RAGUENEAU
Oui, monsieur, le fameux : " que diable allait-il faire ? ... "
LE BRET
Molière te l'a pris !
CYRANO
Chut ! Chut ! Il a bien fait ! ...
(à Ragueneau.)
La scène, n’est-ce pas, produit beaucoup d’effet ?
RAGUENEAU, sanglotant.
Ah ! Monsieur, on riait ! On riait !
CYRANO
Oui, ma vie
ce fut d’être celui qui souffle - et qu’on oublie !
(à Roxane.)
Vous souvient-il du soir où Christian vous parla
sous le balcon ? Eh bien ! Toute ma vie est là :
pendant que je restais en bas, dans l'ombre noire,
d'autres montaient cueillir le baiser de la gloire !
C’est justice, et j'approuve au seuil de mon tombeau :
Molière a du génie et Christian était beau ! »

En effet, MOLIÈRE, comme beaucoup d’autres à son époque et même certains aujourd’hui, empruntait des scènes à d’autres créateurs afin de les inclure dans ses œuvres, après les avoir bien sûr remaniées. Le résultat était souvent meilleur que l’original, et ce n’est pas sans raison qu’Edmond ROSTAND, lui-même formidable écrivain dramatique, fait dire à Cyrano que MOLIÈRE avait du génie.

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En relisant « Hamlet », de William SHAKESPEARE, je suis tombé sur le passage suivant :

« HAMLET – Rendez ce discours […] comme je l’ai prononcé devant vous, d’un ton facile et naturel ; mais si vous le déclamez avec emphase, comme font la plupart de nos acteurs, j’aimerais autant avoir mis mes vers dans la bouche d’un crieur de la ville. […] Oh ! rien ne me blesse l’âme, comme d’entendre un Stentor en perruque, aux robustes poumons, déchirer une passion en éclats, qu’il vomit aux oreilles d’un parterre ignare et frondant, dont la plupart ne veulent que du bruit, et ne sont capables de sentir autre chose que des pantomimes ridicules et inexplicables. […] que votre intelligence vous serve de guide… »

Cette pièce a été écrite entre 1598 et 1602. Comme après lui Auguste STRINDBERG dans ses préfaces, certains grands auteurs avaient, bien avant les autres, perçu l’importance de la vérité du jeu. Bien avant l’arrivée de STANISLAVSKI et de ses conseils éclairés sur « la Formation de l’Acteur », SHAKESPEARE nous montre ici l’avance qu’il avait sur son époque.

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« L'acteur doit se vider de lui-même, c'est son premier travail, et le plus important. » C’est un grand comédien qui a dit ça, et il n’a pas tort. Je vous dirai de qui il s’agit lors de la prochaine note… A moins que vous ne trouviez avant !

08.01.2007

Vivant

Je ne faillirai pas à la tradition, je présente ici mes meilleurs vœux de bonheur et de culture partagée à toutes les lectrices et tous les lecteurs de l’Illustre Théâtre. Que l’année 2007 fasse vivre le spectacle… et ceux qui le font.

Deux informations, pour commencer cette année.

 

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LE THEATRE DE LA SEMEUSE PRESENTE

PETIT BOULOT POUR VIEUX CLOWN

De MATEI VISNIEC

Une création de la Compagnie Arkadia

Mise en scène : Stéphane EICHENHOLC

Avec :Sylvain Guiné, Jean-Louis Stora & Eric Guyonneau

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" Trois clowns, autrefois partenaires de jeu, se retrouvent dans une salle d’attente pour passer une audition. Ils sont vieux, dépassés, et attendent désespérément que l’on vienne les chercher pour cette audition de la dernière chance. Après la joie des retrouvailles naît l’angoisse de la compétition. Nicollo, Filippo et Peppino se confrontent et luttent pour un boulot incertain. Chacun persuadé de son talent, tente d’imposer sa supériorité à ses amis.

Tout est bon pour ces trois clowns passés de mode pour essayer d’intimider les autres : menaces, hypocrisie, flatterie, trahison, mensonges. Tous les coups sont permis dans cette quête pathétique, drôle et féroce, qui les réunit pour un ultime numéro.

Matéï Visniec signe ici, une comédie tragi-clownesque pleine d'humanité où plane l'ombre de Tchekhov et de Beckett. "

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Jeudi 18 janvier, Vendredi 19 janvier et Samedi 20 janvier à 20h30

Vendredi 26 janvier et Samedi 27 janvier à 20h30 et Dimanche 28 janvier à 15h00

Théâtre de la Semeuse, rue du Château, 06300 Nice - Renseignements & réservations : 04.93.92.85.08

Prix des places de 10 à 15 €

Pour les 13/17 ans : 6 €

Gratuité pour les moins de 13 ans

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La deuxième info est relayée par Emmanuelle LORRE :

NIACA - APPEL à MANUSCRITS

11ème Rencontre Méditerranéenne des Jeunes Écrivains de Théâtre - Concours d’Écriture Théâtrale 2007

L’association Niaca  organise un Concours d’Ecriture Théâtrale ouvert à tout écrivain :

-résidant les régions : Corse, Languedoc - Roussillon, P.A.C.A. et Monaco

-présentant une œuvre scénique de langue française, comique ou dramatique, à l’exception de l’écriture « café-théâtre » ou « performance d’acteur »

-n’ayant jamais été édité dans le registre théâtre

Parmi les textes déposés, 5 seront sélectionnés par un Comité de Lecture pour être présentés publiquement sous forme de lectures lors de la : 11è « Rencontre Méditerranéenne des Jeunes Ecrivains de Théâtre » qui sera accueillie par le Théâtre Alexandre III à Cannes, en partenariat avec les Ecrivains Associés du Théâtre et la SACD, avec le soutien de la ville de Cannes, du Conseil Général des Alpes-Maritimes et du Conseil Régional P.A.C.A.

En clôture de la 11è « Rencontre », le jury décernera le « Prix d’Ecriture Théâtrale 2007 » L’auteur ne devra pas avoir été publié en librairie théâtrale et aura enregistré son manuscrit auprès d’un organisme de protection de la création littéraire. Les candidatures devront être accompagnées de trois exemplaires « anonymes » du manuscrit, du récépissé de dépôt de l’œuvre à un organisme de protection de la création littéraire et d’une participation aux frais d’organisation de 23 €.

Date limite de dépôt des candidatures : 30 avril 2007.

Dossier d’inscription et règlement du concours sur demande par courrier ou e.mail Niaca 9, Rue Saint Esprit 06 600 ANTIBES TEL : 06.60.37.70.57 et 06.88.75.34.46 e.mail : alexandre@jetcam.net et jeanmarc.weber@gmail.com www.niaca.net 

Association loi 1901 inscrite sous le n°: 0061014134 S/P de Grasse

24.12.2006

Vœux

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Une crèche vivante en guise d’illustration, quoi de plus naturel pour vous souhaiter à tous de joyeuses fêtes de Noël !

Dès l’Antiquité et au Moyen-âge, le théâtre a pris sa source dans le sacré, avant de continuer sa course vers le profane.

Les santons de Provence, puis les crèches vivantes participent encore d’une tradition chrétienne, mais ne sont en aucun cas des offices religieux…

Je me souviens que, enfant, j’avais admiré une de ces manifestations culturelles, lors d’une messe de minuit. Les personnages étaient entrés dans l’église, âne compris. Ma mère avait passé la fin de la cérémonie coincée entre l’animal têtu et un pilier de l’allée centrale. Notre cher Christian n’était pas là à l’époque pour nous dire comment débloquer la situation…

J O Y E U X   N O Ë L ! ! !

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08.12.2006

Avoue !

Ce soir, je n’étais pas bon. J’en suis sûr. Souvent, on a du mal à se faire une idée exacte de notre performance scénique, et une représentation ressentie comme médiocre sera en réalité très bien perçue par le public. Mais là non. Je sais que je n’ai pas bien joué.
J’étais crevé, harassé par une semaine de travail. Je n’étais pas du tout concentré. Pour la reprise, un jeudi, je n’avais même pas revu mon texte !
J'ai eu quelques petits bafouillis, mais surtout j’ai joué d’une façon très mécanique. Avec de surcroît une voix "en dessous" par rapport à celle de mes partenaires.
Pourquoi est-ce que je vous avoue tous ça ? Parce que j’ai du mal à me l’avouer à moi-même… Je me suis trouvé plein d’excuses, et j’ai même remarqué les erreurs de mes camarades…
Mon professeur de théâtre m’avait prévenu : ce qui est à prendre en compte chez un comédien, ce n’est pas sa meilleure représentation, c’est sa valeur MOYENNE. Et ce soir, ma moyenne a chuté…
Allons, il me reste 31 représentations, je vais me rattraper.

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J’ai une nouvelle plus sympathique : voici enfin l’affiche du spectacle « Quand Ça Balance... ! », qui avait été annoncé lors de la troisième partie de l’interview de Marie-Pierre et d’Isabelle, mercredi 06 décembre dernier.

Si je dis « bonne nouvelle », c'est qu'il y en a eu des mauvaises, dans le laps de temps qui s'est écoulé depuis la réalisation de cette interview. Cela ne m'étonne qu'à peine. Rares, très rares sont les spectacles dont la préparation se déroule sans imprévu et sans soucis. Et celui-là n'échappe pas à la règle (changement de musicien et autres coups du sort…)

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29.11.2006

De Mémoire

La question de la mémoire vient à l’esprit de beaucoup de spectateurs qui ne sont encore jamais montés sur scène pour y dire un texte.

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" Le Penseur " de RODIN

« La mémoire est un muscle », nous rappelait notre professeur de théâtre. Et il est vrai qu’après un peu d’entraînement, retenir un texte, même long, ne nécessite plus qu’un « simple » effort de travail ; travail étant pris dans le sens de labeur. En effet, il y a des jours où l’on est très motivé pour apprendre le texte que l’on va répéter ; on en profite pour le disséquer, y trouver des pistes pour notre personnage, peaufiner la diction, jubiler à l’avance sur certaines répliques particulièrement bien écrites. D’autres jours, en revanches, ce travail nécessaire devient une simple activité obligatoire, peu enrichissante, et l’on est tenté de trouver mille excuses pour faire autre chose.

En ce qui concerne mon expérience personnelle, mes observations sont les suivantes (J’ai bien dit que ces observations sont toutes personnelles. Toutefois, je crois que parmi les comédiens que j’ai pu croiser, plusieurs seront plutôt d’accords, même s’ils exprimeront différemment ces idées) :

Je crois qu’il y a deux facteurs essentiels dans le processus de mémorisation. Le premier est le temps qui court à partir du moment où l’on a commencé à apprendre un texte, et celui où l'on est en train de le dire (et non pas de le « réciter » !) Car je parle de la mémorisation d’un texte, qu’il s’agisse d’une pièce de théâtre, d’une chanson ou même d’un discours. Donc, ce temps joue pour nous, à la condition express que la personne travaille son texte régulièrement. Pas forcément intensément, mais régulièrement. Au début très souvent, puis de moins en moins. On est souvent très surpris par nos propres capacités de mémorisation. En effet, si les premiers jours sont laborieux, les semaines suivantes nous montrent bien, je l’ai dit, que le temps travaille à notre place, et qu’il suffit simplement d’entretenir l'effort des jours précédents pour renforcer la mémorisation du manuscrit. Le deuxième facteur important dans ce processus, c’est le travail effectué sur le texte par le comédien lors des répétitions, là où l’on associe d’autres éléments à ce qui est écrit. Car bien évidemment, le metteur en scène va donner toutes sortes d’indications à chacun, et tous vont devoir les mettre en pratique. Entrées et sorties, déplacements, état d’esprit, actions, accessoires et aussi jeux des autres partenaires ; toutes ces informations devront être intégrées comme le texte.

medium_Blogatoire-De_Memoire-03.jpgDurant ces répétitions, il y aura d’ailleurs un moment important : celui où l’on cesse de travailler avec le manuscrit à la main. L’instant où l’on range le texte et que l’on tente de jouer sans le secours des quelques feuillets avec lesquels on vit depuis plusieurs semaines. Ce moment, il ressemble un peu à celui où le petit enfant lâche la main de sa maman et fait ses premiers pas sans l’aide de personne. Passé ces instants, le texte est su plus que par cœur. « Par cœur », c’est suffisant pour jouer dans sa salle de bain, pas sur une scène, avec toutes les contraintes qui s’imposent ; là, il faut le savoir au-delà du par cœur.

Pour terminer cette rubrique, je laisse ici les liens vers quelques sites qui traitent de la mémoire, avec cette fois-ci un point de vue beaucoup plus scientifique (cliquez sur les titres).

« Disque dur et mémoire vive ? » par le mensuel de l’université de Liège « le 15ème jour » ;

« La mémoire » par le site suisse « Prévention » ;

« Mémoire (sciences humaines) » par le site encyclopédique WikipédiA.

 

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Toile de Dominique Albertelli

 

 

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